La méthode Shanahan illustrée
Veuillez noter que ces graphiques ont été réalisés suite aux matchs du dimanche 22 décembre ; ils ne tiennent pas en compte la suspension de trois matchs imposée à Alexander Ovechkin, des Capitals, pour sa mise en échec dangereuse à l’endroit de Zbynek Michalek, des Penguins. Pour Ovy, il s’agissait là d’une troisième suspension en carrière.
La saison 2011-12, dont on vient à peine d’atteindre la moitié, a déjà été marquée par plus de matchs de suspensions (143) que le total de la saison passée (127)! De plus, si la tendance se maintient, on terminera la saison actuelle avec 246 parties de suspensions, bien plus que les campagnes 2010-11 et 2009-10 additionnées ensemble. Appelons ça l’effet Shanahan. Ce graphique est éloquent parce qu’il prouve que Shanny a tenu sa promesse, qui était d’être plus sévère et de baisser la tolérance faite envers les coups salauds. Mais on peut quand même préciser ce que l’ancienne vedette de la LNH a fait concrètement avec d’autres chiffres.
On voit ici encore une fois le nombre de matchs de suspensions par saison, ainsi que le nombre qu’on devrait en compter à la fin de la saison 2011-12 sur cette lancée. Mais cette fois, j’ai séparé les colonnes selon la raison principale invoquée par la suspension.
Autre (violet) : Tout geste d’inconduite qui ne rentre par dans les trois prochaines catégories. Gestes d’inconduite hors-glace (lire : Sean Avery qui injure ses adversaires dans les médias), bâtons élevés, instigation de combats, punitions pour avoir quitté le banc pendant une mêlée, etc. J’y ai aussi inclus l’absurde action qu’a plusieurs fois posé Patrick Kaletta, des Sabres, qui s’amusait à charger ses adversaires de la tête, un peu comme un taureau. Ces gestes qui, finalement, sont les moins dangereux à long terme pour les joueurs et pour le sport.
Coup à la tête (vert) :Tout coup porté directement à la tête. Les gestes repertoriés dans cette colonne ne se produisent pas à proximité des bandes, et sont caractérisés par un joueur qui arrive dans l’angle mort d’un autre et qui lui applique un coup d’épaule au visage ou derrière la tête. Partisans du Canadien, c’est le genre de coup qu’a appliqué Pacioretty à Kristopher Letang au mois de novembre. Vous pouvez aussi voir, dans le vidéo ci-bas, un geste similaire posé par Jean-François Jacques, qui a été puni par Shanahan.
Coup de coude (rouge) Similaire au coup à la tête, sauf qu’un joueur utilise plutôt son coude, qu’il sort au dernier moment, alors que son adversaire n’a pas du tout le temps de réagir. Un coude, c’est dûr, surtout lorsqu’il vient d’un joueur en mouvement qui se dirige dans la direction opposée à la vôtre. Ici, vous verrez que Matt Read l’a échappé belle lorsqu’attaqué par Ville Leino. Avancez à 0:42 pour la reprise du geste.
Mise en échec dangereuse (bleu) :Mise en échec utilisant la bande de façon dangereuse. Coups par derrière et joueurs dont les pieds quittent la patinoire pour atteindre la tête de la victime sont les gestes typiques de ce que j’ai mis dans les mises en échec dangereuses. Dans la vidéo du dessous, remarquez comment le joueur des Blues, Chris Stewart, pousse le défenseur des Wings Niklas Kronwall alors qu’il sait très bien que la très dure bande est à proximité.
Il reste très possible de jouer solidement au hockey sans pour autant jouer illégalement. Les mises en échec doivent et font toujours faire partie du sport d’équipe le plus rapide de la planète. Les images incluses ci-dessous montrent une mise en échec légale de Dion Phaneuf sur Mike Sauer, plus tôt cette année. Remarquez que l’épaule de Phaneuf atteint la poitrine de Sauer et non sa tête, et que ce dernier ne touche même pas à la bande, ce qui limite beaucoup les risques de blessure.
L’augmentation totale des suspensions ne rime pas avec une progression du nombre de suspensions de chaque type. Veuillez noter que j’utiliserai habituellement les chiffres prédis pour la fin de la saison actuelle lorsque j’aborderai le cas de 2011-12. Les réprimandes pour coups de coude seront les seules à diminuer, passant de 35 l’an dernier à 19. Assistons-nous à la fin du fléau de ce type de coups qui comptent parmi les plus sournois du sport? Il serait aussi possible que Shanahan en tolère plus que son prédecesseur, mais les probabilités de la diminution sont fortes. Les joueurs semblent avoir compris qu’ils devaient changer.
Par rapport aux saisons précédentes, le nombre de matchs donnés en punition pour des infractions « autres » sera en faible augmentation, signe que la Ligue ne compte pas vraiment changer ses critères à ce chapitre. Nous ne passerons pas plus de temps ici, puisque ces gestes sont souvent le fruit de l’inconduite d’un joueur écervelé mais ne mènent pas aux pires conséquences. Shanahan jette vraiment les bases de sa méthode en regard des deux dernières catégories. Il a décidé de concentrer ses efforts sur la protection crânienne des joueurs de la Ligue, et ça paraît.

On a souvent reproché à Colin Campbell, dont Brendan Shanahan occupe maintenant le poste, de protéger les joueurs des Bruins de Boston, équipe dont fait partie son propre fils.
Les mises en échec dangereuses sont beaucoup plus punies. Le nombre de matchs décernés cette saison (105) sera plus élevé que le total des trois saisons précédentes. Shanahan, dans ses vidéos où il explique les suspensions qu’il décerne, cible quelques critères qui servent à déterminer la dangerosité d’un plaquage : le position de la « victime » (face à la bande, de côté…), le point de contact (corps, tête, épaules) et le mouvement de l’agresseur (en gros, si ses pieds quittent le sol ou non). Utilisant cette charte presque quantitative pour son évaluation, il a pu punir plus de joueurs et, surtout, leur montrer ce qu’ils doivent éviter.
L’augmentation la plus marquée se trouve dans la catégorie des coups directs à la tête. Après avoir été responsable de 11 matchs de suspension (2008-09), puis de 2 (2009-10) et, l’an dernier, de 12, ils sont en voie de causer 79 matchs de suspension. Par rapport à l’an dernier, c’est une augmentation de 658%! Tel que mentionné plus tôt, la provenance du joueur qui agresse l’autre est déterminant : si la victime a eu le temps de voir l’autre venir et aurait pu se défendre, on ne décerne habituellement pas de suspension ; dans le cas contraire, si l’attaque vient d’un « angle mort », on verra normalement une sanction être prononcée.

Une scène qui se produit trop souvent dans la Ligue Nationale : un joueur, inconscient, gît sur la patinoire après avoir reçu un coup à la tête. (Crédit : Len Redkoles/NHLI via Getty Images)
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Julien Lamoureux
Étudiant le journalisme à l'UQAM, Julien eut la première fois l'idée de lancer un site de sports avec ses collègues à l'automne 2011. C'est grâce à un blogue de hockey qu'il a géré qu'il a découvert une passion pour les nouvelles technologies. Il s'intéresse aussi au football, au soccer et au plus de disciplines possibles. Il aime suivre le sport, mais il préfère par-dessus tout le pratiquer. @julienlamoureux sur Twitter.


Bravo pour cette réflexion éclairante. Ton article est intéressant et bien ficelé. Au sujet de la violence au hockey, ce qui manque pour que la situation change est LE RESPECT que les joueurs n’ont plus les uns pour les autres … à l’image de notre vie en société ! Puisque le respect et la courtoisie ne sont pas légion chez nos concitoyens, on ne doit pas s’attendre à ce que ces valeurs habitent nos hockeyeurs. C’est triste mais réel.