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Chronique d’un amateur sportif déçu

Crédit photo: cheezburger.com

Je n’ai pas toujours été un fervent amateur de sports. Il y a à peine 2-3 ans, je ne m’intéressais pratiquement pas au Canadien, ni même au hockey en général (oubliez donc le baseball, le basketball et le football). Le fait d’avoir vécu toute ma vie à Gatineau, à la frontière qui sépare les Ontariens des Québécois, et surtout qui sépare les partisans des Sénateurs d’Ottawa à ceux des Canadiens de Montréal, me permettait d’être conscient de l’engouement, mais sans plus.

Crédit photo: Sportsnet Magazine

Mon créneau à moi se situait – et se situe encore – plutôt dans celui de la musique, ou le domaine des arts et spectacle en général. Vous m’auriez demandé qui était Guy Carbonneau avant d’être entraîneur du Canadien, je vous aurais répondu que je n’en savais rien. Oui, oui, à ce point-là. Je sais maintenant qu’il portait à l’époque le prestigieux C dans l’uniforme tricolore et qu’il a mené Montréal à ses deux dernières Coupes Stanley, ne vous inquiétez pas. Mais à l’époque, oubliez ça, que dalle.

Le déclic s’est fait lors de la belle poussée du Canadien en finale d’association lors du printemps 2010. La ferveur à Gatineau se faisait sentir. Même le chroniqueur Denis Gratton, partisan des Sénateurs, qui se faisait un malin plaisir à taquiner les « canamardes » dans les pages du Droit, avait dû se rendre à l’évidence et demander aux partisans du CH de l’intégrer dans leurs rangs, le temps des séries.

J’ai alors compris l’essence du sport. L’essence de prendre pour une équipe gagnante, qui te fait passer par toute la gamme des émotions, pour finalement vaincre. Nous sommes rapidement retombé à la réalité quand les Flyers les ont éliminés en cinq matches. Première grande déception, ici.

Tout ça était nouveau, moi qui n’avait jamais vécu de conquête de la Coupe Stanley à Montréal. À la dernière, en 1993, j’avais trois ans. Vous comprendrez donc que je n’en garde aucun souvenir, d’autant plus que mon père était partisan des Nordiques de Québec. Impossible pour lui de me partager la passion du reste des Québécois, vous en conviendrez.

Crédit photo: Montreal Gazette

Ce qui m’amène à mon sujet principal: j’ai toujours tendance à prendre pour les équipes perdantes.

Est-ce ma tendance à toujours favoriser l’underdog qui en est la cause?

Pourquoi n’ai-je jamais réussi à savourer le vrai triomphe? Je parle de celui qui compte, de celui qui s’écrit dans l’histoire d’une concession ou d’une ligue. Les dernières années du Canadien, seule équipe d’envergure à Montréal, qui représente du coup le Québec, ont été particulièrement pénibles.

Vous remarquerez que dans le premier paragraphe, je n’ai pas mentionné le soccer en tant que sport qui m’était inconnu. Bon, mes petites années de jeunesse à jouer dans la ligue municipale de soccer, où à la fin les perdants comme les gagnants recevaient la même médaille, ne comptent pas vraiment dans ma connaissance et mon appréciation de ce sport. Ce sont plutôt mes origines portugaises qui me donnent cet élan de fierté et, donc, d’intérêt.

Pour être honnête, ma première vraie déception s’est produite en 2004, lors de l’Euro qui se déroulait au Portugal et en Espagne. La sélection portugaise s’était rendue jusqu’en finale, contre la Grèce. Le match se jouait d’ailleurs à Lisbonne, capitale du pays. La Grèce l’a emporté par la marque de 1-0 chez les Portugais…Déçu, le jeunot que j’étais.

L’an dernier, j’ai commencé à suivre avec énormément d’intérêt le championnat du Portugal. Je me suis rallié plutôt rapidement au FC Porto, qui alignait des joueurs étincelants comme Hulk et Radamel Falcao, en plus d’avoir un entraîneur portugais très prometteur en la personne d’Andre Vilas-Boas. Porto va connaitre une saison de rêve, dans laquelle ils ne perdent aucun match et gagnent logiquement le championnat. Ils remportent aussi la Ligue Europa, championnat européen des clubs un peu moins puissants que les formations élites.

Tout ça est bien beau, mais reste à faire leurs preuves dans la grande Ligue Des Champions, devant les plus imposants clubs d’Europe. Durant la saison morte, toutefois, Vilas-Boas quitte Porto pour Chelsea et Falcao est échangé à l’Atletico Madrid. Pour moi, ces deux éléments constituaient le coeur de l’équipe. Cette année, le club se situe tout de même en tête de classement, tout juste derrière le Benfica de Lisbonne et l’équipe est toujours prétendante au titre. Mais la vraie déception, c’est de l’avoir vu se faire éliminer rapidement de la Ligue des Champions. Grande, grande déception. Si elle avait eu la formation de l’an dernier, son parcours aurait été beaucoup plus intéressant.

Dans le championnat d’Espagne, je m’identifie au Real Madrid, qui compte un important contingent de joueurs portugais (Ronaldo, Pepe, Carvalho, Contrao), en plus d’être dirigé par José Mourinho, aussi portugais. Même si le club domine tous ses matchs contre les autres équipes de la Liga, il est incapable de venir à bout de son ennemi juré, le Barça. Chaque Clasico se conclut en une vive déception. Pourquoi, mais pourquoi n’y arrives-tu jamais, Real? Tu y étais pourtant si proche il y a deux semaines! Un petit but de plus et tu les éliminais de la Coupe du roi! Allez, permets-moi de sourire un peu!

Transportons-nous aux séries éliminatoires du printemps dernier dans LNH. Le Canadien est éliminé en 7 matchs contre Boston. Pas vraiment de surprise, mais déception quand même. Je me rabats donc sur le Lightning de Tampa Bay et les Canucks de Vancouver. Deuxième et troisième déception, toutes les deux sont éliminés par les méchants Bruins.

Ça va mal.

Au tennis, même si j’admire Federer, le meilleur joueur de tous les temps, et que je reconnais la force de Nadal, je n’ai eu d’autres choix que de me rallier du côté de Novak Djokovic, qui était absolument dominant l’an dernier. Peut-être ai-je pris cette décision inconsciente dans le but de porter un frein à la poisse qui ne cesse de me suivre. En tout cas, ce choix m’a porté fruit, car j’ai pus me réjouir plusieurs fois de son triomphe.

Et je crois d’ailleurs devoir attendre encore quelques années avant de vivre de grands moments avec nos tennisman canadiens, même si on voit de belles choses de leur part ces derniers mois. Je m’arme de patience dans leur cas…

Crédit photo: knowyourmeme.com

Dimanche dernier, lors du Superbowl, je m’étais secrètement promis de ne pas prendre parti pour aucune équipe, de peur de voir mes espoirs encore une fois tomber à l’eau. Sauf que tout mon entourage se ralliait du côté des Patriots, mes amis, ma famille, ceux avec qui j’écoutais la partie. Leur enthousiasme a été contagieux. Tout au long de la partie, le stress augmentait, nous n’étions sûrs de rien, malgré la maigre avance que les Pats avaient acquise à la mi-temps. Nous savons tous comment ça s’est conclu…

C’est-à-dire que peu importe en qui je fonde mes espoirs, j’en finis presqu’à tout coup déçu. Je me soulage en me disant que le métier de journaliste auquel je me prépare va m’obliger à la neutralité, à l’objectivité, même si, ne nous le cachons pas, peu de journalistes sportifs n’échappent à l’émotion et à la partisanerie, aussi subtile soit-elle.

Et puis, si jamais vous m’entendez dire que je prends pour telle ou telle équipe, ne vous fiez surtout pas à mon choix. Je viens de probablement de la jinxer.

Jean-François Téotonio

Jean-François Téotonio étudie en Journalisme à l'UQAM. Littéralement passionné par l'«événement sportif», il s'intéresse à tous les sports, en particulier au tennis, au soccer et au hockey sur glace. Toujours à la recherche des émotions qu'engendre un match important, tous sports confondus, il saura vous les commenter avec sa plume droite et éclairée.

2 Commentaires

  1. Adam Malouin

    Merci de toujours prendre pour leurs adversaires à l’avenir. Nous serons plusieurs à te remercier.

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  1. Mais pourquoi donc? | Le Camp des recrues - [...] relation avec cette défaite, l’article de mon collègue Jean-François Téotonio m’a fait grandement réfléchir sur ma vie en tant que partisan ...

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