L’art, le sport et Brian Jungen
Même si l’image que l’on a du sportif «typique» ne semble pas correspondre à celle de l’artiste «typique», le sport et l’art sont liés de façons diverses et parfois surprenantes.
Pensons aux disciplines sportives qui font appel à une certaine esthétique, comme le patinage artistique ou la gymnastique, qui ressemblent assez évidemment à certaines formes de danses. Aussi, quelques méchantes langues pourraient mentionner le soccer, qui met parfois en scène de grands acteurs dramatiques…

Une statue de Tim Tebow de plus de 7 pieds de haut, découpée à la tronçonneuse dans un arbre mort par Sam Knowles. (Photo: Harrison Diamond/alligator.org)
On dit de certains sportifs qu’ils font de l’art. Le surnom d’Alex Kovalev lors de son séjour à Montréal n’était-il pas «l’Artiste»? D’autres diront que les tirs d’Alexander Ovechkin (ou Pierre Dagenais) sont beaux à émouvoir, propulsant la rondelle au filet avec ferveur comme Riopelle ou Pollock pouvaient propulser la peinture à l’huile sur leurs toiles. Il s’en trouve qui disent à peu près la même chose de Tim Tebow, comme Tom Brewer du Bleacher Report qui disait de lui qu’il «joue la position de quart-arrière comme un artiste crée un chef-d’oeuvre». «Son approche est brouillonne et imprévisible. Tel un artiste-peintre qui détruit une toile entamée ou un auteur qui déchire les pages de son premier jet, les performances de Tebow sont elles aussi bourrées d’erreurs», enchaîne-t-il. Et ce n’est pas tout: «Alors que l’inspiration d’un artiste lui surgit lors des moments tumultueux de sa vie, Tebow excelle dans le chaos.»* Artiste ou pas, Tebow est très certainement muse à voir ce texte qu’il a inspiré à Brewer, mais surtout cette super statue faite à la tronçonneuse par Sam Knowles, Floridien visiblement illuminé par Tebow comme ce dernier est illuminé par Dieu.
Des créations du genre, il en existe des milliers dans le monde. Seulement ici, au Québec, le culte du Canadien de Montréal a inspiré des artistes-peintres de renom (Serge Lemoyne, Miyuki Tanobe), des films en tous genres (Un jeu si simple de Gilles Groulx, Pour toujours les Canadiens…), pas mal de poésie douteuse et sûrement plusieurs tattoos.
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Des oeuvres inspirées du sport, des artistes qui font du sport, des sportifs qui font de l’art: il en existe des tonnes de cas fascinants et c’est pourquoi le Camp des recrues vous a offert et vous offrira de temps en temps des articles sur ces sujets. Pour l’instant, je vous parle plus précisément de l’artiste Brian Jungen, mais d’abord des chaussures Nike Air Jordan.
Oui, les chaussures Nike Air Jordan. Ces souliers de basketball ont connu un succès retentissant dans les annes 80 et 90 chez la jeunesse nord-américaine grâce à la popularité de Michael Jordan, inspiration de ces chaussures. Vendues entre 100 et 200 dollars la paire, on se les arrachait… littéralement. Il n’était pas si rare que les propriétaires de ces chaussures se fassent braquer dans des ruelles sombres pour se faire soutirer leurs chaussures à la mode. De plus, on pourrait avancer qu’avant l’invention des télévisions à écran plat, c’est probablement pour ces chaussures que les gens se piétinaient au Wal-Mart lors du Boxing Day. En somme, ces chaussures ont été et sont toujours très profitables à Nike qui empoche plus ou moins 1 milliard de dollars par année grâce à la vente des Air Jordan. Pas mal.
Un objet de consommation aussi hot, ça devient mythique. Il inspire les gens qui en sont marqués personnellement, même qu’il définit souvent un aspect de la personnalité de ses consommateurs, comme dans le cas des Air Jordan achetés par les gens qui veulent être branchés. Les artistes, eux, vont parfois reprendre le mythe qui accompagne l’objet pour en faire une oeuvre à message.
C’est le cas de Brian Jungen, un artiste autochtone de la côte Ouest canadienne qui a pris ces souliers pour en faire des masques, similaires aux masques de transformation traditionnellement fabriqués par sa communauté. On parle de «masques de transformation» parce que ces masques, représentant des animaux, devaient donner à son porteur les pouvoirs de l’animal sculpté du masque. Comme un masque à l’effigie d’un oiseau imposant donne de grands pouvoirs à son porteur, dans la tradition autochtone de la côte Ouest, un masque fait de Air Jordan devrait donner au jeune homme le sentiment réconfortant d’être (presque) un super joueur de basket.
Ainsi, Jungen a fait toute une série de masques similaires, fabriqués au début des années 2000, qu’il a nommée Prototypes For New Understanding. Autrement dit, porter un nouveau regard sur ces chaussures pas banales. Pour lui, des gros Air Jordan, ce ne sont pas que des chaussures, c’est une occasion de réfléchir sur notre consommation et sur l’importance que prennent les grands athlètes dans nos vies.
Le travail vraiment intéressant de Brian Jungen vaut la peine d’être connu. Je vous invite à visiter le site du musée Smithsonian de Washington et le site du Tyee pour voir un peu plus de ses oeuvres.
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*http://bleacherreport.com/articles/985162-tim-tebow-vs-tom-brady-a-match-up-of-art-versus-science
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Martin Blais
Martin Blais est étudiant en journalisme à l'UQAM, il s'intéresse autant au sport qu'au phénomène social qu'il provoque et même s'il n'a pas le meilleur des coups de patin, le hockey est son sport de prédilection. Armé de sa passion pour les médias et la culture, il vous présentera le sports de manières insoupçonnées.


Le sport est souvent un art, je n’en doute pas! Et moi qui suis plus spécialiste en arts visuels qu’en sport, je peux vous dire que je regarde trés souvent les matchs (de basket surtout) comme une danse (tribale parfois!). Et que dire du corps de nos sportifs, sculptures vivantes qui ont inspiré de nombreux photographes. Bref, merci pour ce raprochement entre sport et art. J’archive votre article pour mes élèves athlètes!
J’adore Brian Jungen, mais je n’avait jamais regardé ses oeuvres avec une telle perspective. L’article m’a apporté un nouveau point de vue. Merci beaucoup!