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Renard renverse les éléphants

Toutes les photos sont tirées du site fifa.com

C’est au terme d’une séance de tirs au but interminable que les Zambiens finissent par gagner la coupe d’Afrique la plus étrange de l’histoire. Le match fut très serré. Les occasions réelles furent rares. Le poteau de Chris Katongo a répondu au penalty raté de Drogba, et la rentrée du virevoltant Gradel ne changea pas la donne. C’est au terme de la séance des tirs au but et la frappe non-cadrée de Gervinho que Sunzu a eu la joie de libérer tout un peuple.

Ce sacre de la Zambie, c’est aussi quelques belles histoires. Il y a les larmes de Kalusha Bwalya, seul rescapé de l’équipe du début des années 90, celle-là même qui a disparu lors d’un tragique crash d’avion au large du Gabon, ici-même où se jouait cette Coupe d’Afrique des Nations. Il y a l’histoire de ce sorcier blanc, Hervé Renard. Cet entraîneur totalement inconnu en France et qui parvient à faire d’une équipe sans stars une championne d’Afrique. Il y a aussi les joueurs. Comment expliquer que ces mêmes joueurs soient aussi sous-cotés? Comment expliquer que Chris Katongo se retrouve aujourd’hui à jouer en Chine? Comment expliquer que pour Rainford Kalaba, ça n’ait marché ni en France, ni au Portugal, ni en Égypte? Comment expliquer que Felix Katongo ne réussit ni en France, ni même en Libye?

Tout cela étant dit, au vu de la performance zambienne, le sacre est totalement mérité. C’est aussi un sacre hautement symbolique. C’est la victoire du football sur l’argent. Au vu de la valeur marchande de l’équipe, la Zambie se classe 11eme sur les 16 participants avec une valeur de 7 millions d’euros. La Cote d’Ivoire, pour sa part, était le grand favori, avec une valeur de 148 millions d’euros. Ceci peut aider à mesurer l’exploit. Hervé Renard a donc réussi à faire avec un mélange de joueurs évoluant en Zambie et en Afrique du Sud et quelques expatriés dont plusieurs jouant au TP Mazembe (club congolais qui a gagné les ligues des champions d’Afrique de 2009 et de 2010 et qui a été finaliste du Mondial des clubs) une équipe qui gagne le titre suprême en Afrique au nez et à la barbe de géants comme la Côte d’Ivoire et le Ghana et qui met fin à l’hégémonie arabe qui dure depuis 2004 (la Tunisie en 2004 et l’Égypte en 2006, 2008 et 2010).

Pour le reste, il faut dire que cette 28eme édition de la coupe d’Afrique fut pour le moins étrange. D’abord, la phase éliminatoire a vu l’élimination des plus grosses équipes sur le continent. En effet, trois des quatre demi-finalistes de l’avant-dernière édition étaient absents au Gabon et en Guinée Équatoriale (Algérie, Cameroun, Égypte). Quatre des six mondialistes sud-africains étaient absents à cette CAN (Afrique du Sud, Algérie, Cameroun, Nigeria). Les détenteurs de 19 trophées sur 27 (plus des deux tiers) ont raté cette CAN.

Cette malédiction contre les favoris continuait au premier tour de la coupe. Le Sénégal et le Maroc, qui furent pourtant excellents en éliminatoires, sont les premiers à sortir de la CAN. Le Sénégal avec sa pléthore d’attaquants de haut niveau, a manqué cruellement de créateurs tandis que le Maroc a payé son manque de réalisme face à la Tunisie et qui aura quand même été l’auteur d’un grand match devant un Gabon intraitable à domicile. Mention spéciale au florentin Hocine Kharja qui aura été le seul à surnager dans cette équipe.

On aura vu quelques surprises également durant cette CAN. Outre la Zambie, la Guinée équatoriale emmenée par ses «espagnols » et qui élimine le Sénégal. Le Soudan composé de joueurs locaux et qui passe devant l’Angola et le Burkina Faso. On a également eu le loisir de découvrir la nouvelle génération tunisienne : un savant mélange de puissance (Abdennour) et de créativité (Msakni). Le Gabon a également été au rendez-vous, avec une défense solide construite autour du lorientais Ecuele Manga, et une attaque de feu avec le virevoltant niçois Mouloungui, le TGV stéphanois Aubameyang et le vieux briscard Daniel Cousin en pointe. Le Mali a réussi admirablement sa transition avec l’aide de quelques cadres (Seydou Keita, Cédric Kanté) et l’apport de plusieurs jeunes de L1 (Samba Diakité, Cheikh Diabaté, Bakaye Traore, etc.)

Par contre, on s’attendait à plus de la Côte d’Ivoire et du Ghana. La Côte d’Ivoire qui aura manqué sa finale si on regarde son potentiel à l’image de Drogba qui rate lamentablement ce penalty qui aurait pu leur assurer le titre. En fin de compte, on aura très peu vu les stars Gervinho, Kalou et autres Yaya Toure et c’est plus le jeune stéphanois Max Gradel qui s’est mis en évidence. Du coté du Ghana, les promesses du match face au Mali au premier tour n’auront jamais été tenu. Malgré la présence d’un André Ayew dans tous les bons coups, le Ghana s’est fait malmené par la Guinée, puis par la Tunisie. Il ne doit sa présence en demi-finale qu’à une bourde improbable du gardien tunisien Aymen Mathlouthi. Enfin, en demi-finale, ce fut le concerto de l’inefficacité chronique dont tout le poids est porté par Asamoah Gyan. L’ancien rennais qui avait déjà raté le penalty « en or » face à l’Uruguay aux quarts de finale du mondial sud-africain, récidive en manquant un autre penalty face à la Zambie. Pas sur que le public ghanéen pardonnera facilement.

Une conclusion peut être tirée de cette 28ème CAN. Les pays hôtes arrivent à surnager pour faire bonne figure et sortent toujours de la phase de poule, quand on prend, par exemple, l’Autriche et son Euro 2008. Mais plus important encore, on constate que depuis les sacres du Cameroun au début des années 2000, les équipes gagnantes à l’arrivée sont des équipes composés majoritairement de joueurs évoluant ou formés en Afrique. Ça l’est un peu moins pour la Tunisie avec les Boumnijel, Benachour, Chedli, Nafti et autres Santos, mais pour la Zambie et l’Égypte, tous les joueurs, à part l’Égyptien Zidan, sont formés au pays. Comment expliquer cela? Est-ce que la progression africaine est telle qu’elle peut concurrencer aussi facilement le produit européen, aidée, il est vrai, par le climat et le contexte particulier d’une coupe d’Afrique? Ou bien est-ce les clubs européens qui demandent trop à leurs joueurs ce qui fait qu’ils arrivent carbonisés en sélection à la veille des grandes compétitions? Difficile de répondre. Le soccer n’est pas une science exacte. On peut quand même dire que ce qui est vrai dans une CAN ne l’est pas aux éliminatoires. Pour preuve, l’Algérie, composée de pros, a sorti les deux vainqueurs, à savoir l’Égypte et la Zambie, lors des éliminatoires pour le mondial sud-africain. Bref, le niveau se resserre plus que jamais. Les petits n’ont jamais été aussi grand, et la prochaine CAN qui aura lieu l’an prochain en Afrique du Sud (la CAN 2013 était prévue initialement en Libye, mais a été déplacée suite aux évènements que l’on connaît), et qui verra peut-être le retour des gros, n’en sera que plus disputée.

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