Baseball 2012: Ryan Braun et le Pacifique sans mémoire
Ceci est le troisième article sur la saison de baseball 2012. Pour comprendre le lien entre la culture populaire et le baseball, allez voir ceci. Pour voir les épisodes précédents, allez voir ici.
«You know what the Mexicans say about the Pacific?»
«No.»
«They say it has no memory. That’s where I want to live the rest of my life. A warm place with no memory.»
J’imagine que c’est un peu ce que se dit Ryan Braun en ce moment. Pas qu’il veut aller au Mexique, mais qu’il espère vivre dans un monde où la mémoire a été perdue. Là où on ne le jugerait pas pour un crime dont il se dit innocent.
Il doit vraiment se sentir comme Andy Dufresne.
Un homme qui a toujours respecté la loi, qui n’a jamais commis de faute. Une vie exemplaire avec un bon emploi. Pour le baseball, ça veut dire une carrière presque parfaite. Il frappe pour .300, 25 circuits, 100 points produit en moyenne chaque année. Il est un excellent champ gauche, 6 erreurs en carrière à cette position, en plus d’une série de «jeux de la semaine» avec ses attrapées spectaculaires. Un flair pour le dramatique, un excellent gars dans le vestiaire, un titre de joueur le plus utile et tout ça, pour la petite somme de presque 5 millions par année.
En d’autres mots, c’est le style de joueur qu’une équipe gagnante veut avoir. Un peu comme Andy. Demandez au directeur de la prison de Shawshank.
Sauf que dans la société actuelle, tu fais un faux-pas et plus personne ne t’aime.
Tu tues ta femme et son amant par balle et tu te retrouves en prison pour deux vies, «une pour chacun de vos victimes, monsieur Dufresne». Ou encore tu ressors positif d’un test antidopage et tout le monde t’inclut avec Barry Bonds, Mark McGwire et Raffy Palmiero. La liste noire du baseball majeur. Un peu l’équivalent d’une sentence de prison à vie pour un joueur de baseball. On t’efface des livres et ton nom porte un astérisque pour le reste de l’éternité.
Quand Red demande à Andy s’il a commis le meutre, Andy lui répond simplement qu’il est innocent.
«Every man in Shawshank is innocent, Andy.»(sarcasme)
Sauf que selon l’histoire de Tommy Williams, Andy serait réellement innocent. Le fait que la suspension de 50 parties de Braun a été annulée, c’est un peu l’équivalent des paroles de Williams. Sauf que le mal est fait, Andy est en prison pour y rester (merci au gentil directeur) et la réputation de Braun est déjà entachée.
Dans le contexte actuel du baseball, les partisans assument que personne n’est vraiment innocent. On ne se voit plus surpris devant des révélations comme celle-là. On est conscient que l’époque des stéroïdes fait partie de l’histoire du baseball et que, probablement, un pourcentage élevé de joueurs en consommaient. Pour le public, Ryan Braun n’est donc pas une surprise. On est conditionné à réagir comme ça, si j’ose m’avancer ainsi. Même s’il plaide son innocence (ce qui est probablement la vérité, j’aime le croire) et même si le baseball majeur l’a acquitté, reste que les opinions face à ce sujet penchent majoritairement vers l’accusation. Comment pouvons-nous faire autrement? Monsieur Mitchell et son rapport nous ont appris à penser ainsi. On met les joueurs en prison pour deux vies sous prétexte qu’une bouteille de Brandy cassée était proche de la scène du meurtre.
Sauf que l’opinion publique ce n’est pas vraiment un bloc de béton incassable. On peut faire en sorte que les gens changent d’idée. Pensez juste au référendum de 95. Ah non ! C’est vrai, ça c’est la technique de faire voter les morts! (Désolé pour cette parenthèse politique. Je parle toujours de Jersey Shore, il faut bien que je balance un peu.)
Dans la vie comme au baseball, il existe le Pacifique. Bien évidemment, je ne parle pas ici du l’océan Pacifique mais bien du Pacifique métaphorique. Là où Andy construit son bateau. Là où il n’y a pas de mémoire. Une place où le public oublie tes erreurs de parcours, surtout celles qui sont fausses.
Andy, lui, l’aura fait avec du temps (19 ans), une bible, un petit marteau, un poster de fille et un plan bien rodé. De l’été 47 à son évasion en 66, Andy Dufresne a fait ce qu’il fallait pour avoir le droit à son Pacifique. Son temps en prison, c’est son purgatoire. Comme le titre le dit, Shawshank Redemption, le pardon à travers sa vie en prison. Blanchir de l’argent pour le directeur, faire les impôts pour les gardes, oser demander des bières pour ses camarades de travail, construire une bibliothèque, éduquer des prisonniers. C’est ça le pardon pour sortir du purgatoire. Le but c’est d’avoir des alliés, du monde en sa faveur. Bien faire les choses même si dans les débuts tu rencontres trop fréquemment les sisters. Mais bien souvent ce n’est pas assez, il faut ramper dans un tunnel plein de merde pendant 500 mètres. Et là, on mérite pleinement notre Pacifique.
Qu’est-ce que tout ça veut dire pour Braun ? Simplement qu’il lui faut son purgatoire métaphorique. Il lui faut son Shawshank. Une place (inexistante) dans laquelle il pourra s’épanouir et rallier le plus de monde derrière lui.
S’il agit correctement et purge sa peine au complet, il a une chance de sortir sans trop d’effort, comme Red. Quand il comprendra après «40 ans» ce que le mot réhabilité veut dire, il ira trouver le Pacifique. Un peu long comme technique je dois avouer.
Il faudra oser demander au gardien s’il fait confiance à sa femme, oser faire jouer de la musique sur les haut-parleurs et surtout, oser ramper dans la merde et le Pacifique sera là via Fort Hancock, Texas.
Ok, suffit les niaiseries. En termes de baseball, cela équivaut à quoi me direz-vous ?
L’été 2012 sera un peu l’été 47 de Andy. Le début du purgatoire. L’entrée en file indienne enchaîné avec les autres poissons frais. Je soupçonne grandement Braun de ne pas broncher, seul dans sa cellule. Il risque de montrer qu’il est fait fort et qu’il accepte son rôle pour l’instant.
Après, c’est simple, il doit jouer à la balle comme il sait le faire. Tout ça commence par une solide production offensive. S’il est fidèle à son habitude, ça risque de ne pas être un problème. Il faut qu’il montre sa forme de champion en titre du MVP. Défendre ce titre ça serait bien pour ramener le public en sa faveur. (Note personnelle: j’ai Ryan Braun dans mon fantasy team depuis 3 ans, cette année je le conseille à tout le monde. Le résultat final: .324, 35 circuit, 121 points produits. Oui, oui vous allez voir.)
Il lui faudra aussi mener ses troupes vers la terre promise. C’est lui le chef à Milwaukee depuis le départ de Prince Fielder. Dans une division plutôt faible comme la centrale de la Nationale (oubliez pas le départ de Albert), ce plan est réalisable.
Mais au-delà de tout il lui faut une bonne image. Faire le contraire de Lebron dans ce sens. Dire les bonnes choses, agir de la bonne façon et être présent dans les médias. Produire des moments de baseball qui vont marquer l’imaginaire – des circuits importants, des attrapées monstres – pour que Sportscenter fasse tourner les images en boucle. Faire oublier aux gens la testostérone pour les faire penser à la balle. Suivre ce qui est écrit dans la bible (métaphorique encore évidemment), «salvation lies within» comme dirait le directeur.
Je ne peux pas m’asseoir ici et prédire combien de temps passera Braun à Shawshank parce que ça dépend à quelle vitesse il est capable de creuser avec son petit marteau. Red avait évalué le temps nécessaire pour creuser un tunnel à 600 ans. Andy l’a fait en 19. Ryan Braun devrait le faire en moins d’une saison.
Après tout, il est innocent.
Ensuite, il lui reste simplement à respecter les règles:
«Rule Number One: No blasphemy. I’ll not have the Lord’s name taken in vain in my prison. The other rules you’ll figure out as you go along.»
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Étienne Brière
Étudiant en journalisme à l'UQAM, Étienne est un passionné de sport. Le «petit gars de Rosemont »est un grand expert de Baseball, Basketball, Football et Golf. Son style vivant et unique va vous présenter les choses sous des angles inusités. Grandement inspiré par la culture populaire et toujours avec une touche d'humour, il risque de vous divertir avec ses grandes théories sorties directement de ses observations sur le monde du sport.


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