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Le snowboard et les nuls

Quand j’écris la chronique Le sport pour les nuls, j’essaie toujours de me coordonner avec les actualités sportives de la semaine: tournois, débats chauds ou articles publiés par mes collègues du CDR. Ces derniers jours, on dirait que l’inspiration me manquait et que tous le sujets dont je voulais parler étaient barbants ou inappropriés dans le temps et l’espace. En effet, ni le volleyball de plage, ni le golf, ni le surf ou la pétanque et encore moins les sandales, les voyages packsack et le soleil ne valent la peine d’être traités dans une chronique sportive publiée fin février. Tout ça pour dire que j’ai les blues de février, pour ne pas dire, les blues d’la métropole.

MAIS j’ai trouvé une solution, du moins à mon problème de la page blanche pour mon article, quand j’ai vu une des vidéos promotionnelles du FASHION JAM. (Pour les incultes : défilé de mode qui aura lieu dans le cadre de la coupe du monde de snowboard LG/FIS à Stoneham qui a commencé lundi le 20 février et qui s’est terminée dimanche le 26 février.) Vous remarquerez, dans la vidéo qui suit (et qui ne comporte absolument aucun contenu), qu’on met beaucoup l’emphase sur les foutues marques qui y seront présentes.

Mais WTF. Depuis quand la mode et le sport vont-ils de paire?

Sérieusement. Parce que je n’ai absolument rien contre la mode, encore moins contre le fait de vouloir être CHIX, tout en faisant du sport. Je suis la première à vouloir m’acheter une tuque qui fitte avec mon foulard, qui fitte avec mes mitaines pis l’ourlet de mon manteau, ou encore d’avoir 5 paires d’espadrilles, une pour chaque sport qu’on pratique (true story). Et pour vrai, j’adore faire du snowboard, c’est vraiment agréable. Mais ce que je ne comprends pas, c’est quand, comment et surtout POURQUOI est-ce que des défilés de mode ont commencé à avoir leur place lors d’évènements sportifs? J’ai bien peur de ne pas pouvoir répondre scientifiquement à cette question, mais j’ai quand même ma petite idée là-dessus.

Source: sunkids.fr

Ça commence par une petite anecdote de ma vie d’étudiante au secondaire. Avant qu’on ait des uniformes à l’école secondaire Jean-Jacques-Bertrand, tout le monde s’habillait relativement pareil. Non, on ne portait pas nécessairement la même couleur de coton ouaté Volcom ou Roxy et les même jeans Vans, Quicksilver, Element ou la marque que tu veux, mais on était quand même tous dans le même moule. On reproduisait les intérêts d’une compagnie de surf, de snowboard ou de skateboard, on était comme marqués au fer rouge par les logos des brandings qui utilisaient en fait notre corps, plus ou moins à notre insu, en tant que panneau publicitaire.

Ce que ces marques vendent, ce n’est même pas la pratique d’un sport, mais carrément un mode de vie. Je n’ai pas de chiffres à l’appui, mais je ne serais pas étonnée d’apprendre que la plupart de ces marques ne font même pas la majorité de leurs profits sur les ventes de planches ou d’articles liés à ce sport, mais plutôt sur des robes, des chapeaux, des articles de modes dont l’utilisation est complètement séparée du sport que la marque est sensée promouvoir.

Faire de la planche, c’est tellement cool, ça fait de toi quelqu’un de cool. C’est pas grave si t’es pas vraiment bon, si tu fais du chalet ou si ton longboard fait juste décorer ta chambre. T’es crissement cool. À titre d’exemple, quand on va sur la page d’accueil de Roxy, on peut voir des filles en bikini, fleurs dans les cheveux, qui sautent du haut d’une falaise. Elles sont tellement décontractées et telleeeement contentes d’être en voyage ! Écrit en dessous: Win the chance to live the dream of a ROXY girl. «ROXY girl». À partir de quel moment tu deviens une «ROXY girl»? Après combien de chandails, de maillots de bain et de bracelets achetés? En fait, c’est quand tu soumets une image de toi qui a l’air tellement cool, pour être le nouveau visage de la prochaine publicité Roxy. Le rêve d’une vie.

C’est pareil pour toutes les marques de ce genre, la publicité printemps 2012 de WESC en est une très bonne preuve:

J’aime ben ma vie, mais coudonc, suis-je la seule à être jalouse quand je vois ça !? Je la veux cette vie-là! Si je m’habille en WESC est-ce que je vais vivre dans un monde ensoleillé avec du monde vraiment beau qui joue avec des fleurs? NON. Avec Skrillex qui fait une apparition dans la vidéo, on vient ici associer party, dubstep, mode de vie chillax avec la guenille que tu portes. Et on promeut cette dite guénille dans le cadre d’une compétition sportive. Donc faire du snowboard = porter du linge cool = être cool.

Does that make any sense to you?

En passant, WESC ne vend aucun type de board, c’est du street fashion. Ils vendent des écouteurs par exemple. Alors qu’est-ce que le snowboard et cette marque ont-ils en commun? Y sont ben cools.

Amarilys Proulx

Amarilys étudie en journalisme à l'université du Québec à Montréal. Écrire pour le Camp des recrues, c'est pour elle une manière de sortir de sa zone de confort, mais aussi d'assouvir sa curiosité sur le monde du sport. C'est pourquoi elle vous offrira chaque semaine, avec une petite touche d'humour, la chronique "sport & société''

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