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Nous sommes les 15% (2)

S'ils ont réussi à se qualifier pour les séries après un début lent, les Blues peuvent remercier, entre autres, leurs deux gardiens, dont Jaroslav Halak (ci-haut). Crédit : Jim Young - Reuters

Au début du dernier mois de novembre, je rapportais en ces pages la statistique compilée par le blogueur Eklund, qui avait remarqué que lors des trois saisons précédant celle-ci dans la LNH, seulement 15% des équipes qui étaient virtuellement éliminées des séries le 1er novembre réussissaient à se ressaisir et à se qualifier pour les séries éliminatoires. Cela donne une importance incroyable à octobre, le premier mois de la saison de hockey, qui dicte vraiment les chances de chacun de se qualifier parmi les huit premiers de sa conférence.

Maintenant, alors qu’est connue depuis jeudi soir l’identité des formations qui participeront au bal d’après-saison, revenons en arrière pour constater si, oui ou non, cette année, la tendance a été respectée.

Jetons un coup d’oeil aux classements de conférence de la Ligue Nationale en date du 1er novembre passé (tableaux de gauche) en comparaison avec ceux en date du 6 avril (tableaux de droite). Dans les classements du 6 avril, une équipe en vert est passée de virtuellement éliminée à qualifiée ; une équipe en rouge est passée de virtuellement qualifiée à éliminée ; une équipe en jaune n’a pas changé de statut.

Classement avant/après dans l'Association Est. Propriété du Camp des recrues.

Classement avant/après dans l'Association Ouest. Propriété du Camp des recrues.

Ce qui saute aux yeux, c’est que cette année, le pourcentage qui nous intéresse dépassera 15%. En effet, sur les 14 équipes qui ne faisaient pas partie du top 8 de leur conférence respective en date du 1er novembre, sept ont réussi à se qualifier pour le bal du printemps. Une équipe sur deux, en d’autres termes. Comment peut-on expliquer cette proportion anormalement élevée par rapport aux trois saisons précédentes? S’agit-il d’une donnée aberrante, l’exception qui confirme la règle? Ou bien est-ce que, au contraire, le 15% qui a été la règle de 2008 à 2011 n’est en fait qu’un hasard?

Après un bon début, les Oilers d'Edmonton se sont effondrés. Ils manqueront encore une fois les séries éliminatoires. Crédit : Ben Nelms - Reuters

Pour les hautes instances de la Ligue Nationale de Hockey, il vaut mieux que ma seconde hypothèse soit la bonne. En effet, alors que Gary Bettman et ses acolytes comptent extrêmement beaucoup sur la sacro-sainte parité et sur les courses aux séries enlevantes pour vendre leur produit, la perspective que 85% des places en séries soient scellées avant même le deuxième mois d’activités serait à tout le moins ironique.

Des sept équipes qui ont remonté la pente (NY Rangers, St-Louis, Détroit, Nashville, Phoenix, New Jersey et Boston), cinq ou six étaient des participants logiques aux séries. Des formations qui, au début de l’année, étaient dans les choix naturels des experts et des partisans. St-Louis et Phoenix représentent les deux seules surprises de ce groupe de sept, et même là, en se qualifiant sur les fesses, les Coyotes sont à peu près là où on les attendaient : au plus chaud de la lutte. Seuls les Blues épatent réellement, eux qui finiront vraisemblablement au deuxième rang de l’Ouest et dans le top 4 de la Ligue. On peut donc attribuer cinq des sept remontées à des débuts de saison lents d’équipes qui se sont rapidement replacées.

Prenons l’exemple des Bruins. Les champions en titre de la Coupe Stanley partaient favoris pour finir au premier rang de la division Nord-Est. Pourtant, un début lent, probablement dû à la fatigue d’une saison qui a duré plus longtemps que celle des autres (à l’exception des Canucks qui, quel hasard, ont eux aussi pris du temps à démarrer leur machine) et d’un été peu reposant, championnat oblige, les a placés dans les bas-fonds du classement après quelques semaines. Une séquence exceptionnelle en novembre et en décembre leur a permis de reprendre le contrôle d’une division où la compétition n’était pas de taille.

On peut associer la montée de certaines équipes à un seul élément qui manquait en début de campagne : pour les Devils, le réveil d’Ilya Kovalchuk couplé au retour de Travis Zajac ; pour les Rangers, les prouesses du gardien Henrik Lundqvist ; à Nashville, un retour au style défensif qui leur a tant servi depuis quelques années…

Pourtant, ce sont là des choses qui arrivent pratiquement à chaque saison. Cela ne peut donc pas expliquer totalement le nombre élevé de revirements de situation dans la LNH en 2011-12. Ce qui différencie la saison actuelle des dernières, dans l’Est du moins, c’est peut-être la médiocrité encore plus flagrante qu’à l’habitude de la division Sud-Est. Si l’avantage au meneur de division n’existait pas, les deux seules équipes de cette section à s’être classées (la Floride et Washington) seraient respectivement et 7 et 8e du classement actuel de l’Est. Ajoutons à cela que la division Nord-Est, celle des Canadiens de Montréal, n’est pas si forte non plus, et on a une raison très plausible de la montée de Rangers et des Devils au classement.

On serait porté à dire la même chose dans l’Ouest, alors que la faible division Nord-Ouest n’aura qu’un représentant en séries, les Canucks. C’est moins que les cinq autres sections de la LNH. Pourtant, c’était la même chose l’an dernier, et il y a deux ans, seule l’Avalanche a rejoint les Nucks en séries. Comment expliquer alors que la moitié des équipes qualifiées le 1er novembre ne le soient plus aujourd’hui? Pas besoin de chercher bien loin : les Prédateurs et les Coyotes, 10 et 9e le lendemain de l’Halloween, avaient le même nombre de points que l’équipe en 8e place. On ne peut donc pas parler véritablement d’une remontée spectaculaire.

Les Coyotes, en date du 1er novembre, étaient déjà à la porte du top 8 de l'Ouest. Crédit : Christian Petersen - Getty Images

Que peut-on conclure de cette courte analyse? Premièrement, que la statistique mise en lumière par ce cher Eklund peut varier considérablement d’une saison à l’autre simplement à cause de quelques facteurs mineurs. Il aurait suffi que les Prédateurs et Coyotes aient un ou deux points de plus au classement le 1er novembre dernier pour que deux équipes de moins fassent partie du groupe de celles qui ont fait une remontée au classement. Cela aurait eu une influence considérable sur le chiffre sans toutefois changer quoi que ce soit au déroulement de la saison.

Deuxièmement, il faut quand même donner ceci à Eklund : il a soulevé un point très important en mentionnant l’importance du début de saison. Si les Bruins ont pu se remettre de leurs déboires de début d’année, les exemples de formations n’y étant pas arrivées (Columbus, Calgary, Montréal, NY Islanders, Winnipeg…) sont beaucoup plus nombreux. Au-delà des quelques points en jeu lors du premier mois, c’est la confiance qui se bâtit et l’esprit d’équipe qui se renforce qui sont importants de souligner chez une équipe qui part la saison en feu.

Troisièmement, et ça n’a pas totalement rapport avec le sujet, les divisions de la LNH ne sont vraiment, mais vraiment pas équilibrées. Depuis plusieurs années, la Sud-Est et la Nord-Ouest sont beaucoup plus faibles. Peut-être que le changement imminent des sections et conférences dû à l’arrivée des Jets dans le portrait solutionnera ce problème. Sinon, le temps fera bien les choses et devrait égaliser la donne à long terme. Pour l’instant, on ne peut que constater l’avantage dont bénéficient les équipes de Vancouver, de la Floride et de Washington, par exemple.

Quatrièmement, peut-être que de s’attarder à de telles statistiques n’est qu’une pure perte de temps. On a pu en dégager quelques constats intéressants, mais sur le fond, ce 15% ne semble pas apporter quelque chose d’aussi pertinent à une discussion que des données plus tangibles.

Victimes d'un début de saison lent, les Canadiens ne participeront pas aux séries cette année. Crédit : Christian Muschi - Reuters

Julien Lamoureux

Étudiant le journalisme à l'UQAM, Julien eut la première fois l'idée de lancer un site de sports avec ses collègues à l'automne 2011. C'est grâce à un blogue de hockey qu'il a géré qu'il a découvert une passion pour les nouvelles technologies. Il s'intéresse aussi au football, au soccer et au plus de disciplines possibles. Il aime suivre le sport, mais il préfère par-dessus tout le pratiquer. @julienlamoureux sur Twitter.

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