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« L’Enfer Bleu »

Le Masters 1000 de Madrid prend son envol aujourd’hui, sous une pluie de critique de la part de plusieurs joueurs de l’ATP, en particulier Rafael Nadal.

En effet, la terre battue bleue imposée par les organisateurs du tournoi ne fait vraiment pas plaisir aux ténors qui se rendent à Madrid, en préparation de Roland-Garros. Si le président Ion Tiriac leur assure que cette nouvelle couleur de terre battue ne changera en rien la surface, que le jeu restera le même que sur terre battue rouge, les joueurs ne veulent rien entendre. Milos Raonic l’a surnommée la Smurf Clay, en lien avec les Schtroumphs, avant d’ajouter ceci:  « the bounce is lower and the 2 courts I practiced on were a bit more slippery than usual ».

Le big four de l’ATP, constitué bien sûr de Novak Djokovic, Rafael Nadal, Roger Federer et Andy Murray, ont tous émis de fortes critiques face à ce changement qui survient à un bien mauvais moment dans la saison. Selon les propos rapportés par L’Équipe, Nadal est particulièrement outré de cette décision: «L’histoire de la saison de terre battue s’est écrite sur de l’ocre, pas sur du bleu. Vous pouvez me dire que je suis un peu réac mais ce n’est pas ça. J’aime les changements quand ils apportent des progrès. Ce qui fait un grand tournoi c’est l’histoire du tennis. Donc à mon avis tout ça est une erreur. Mais c’est toujours pareil non ? Les joueurs ne comptent pas, ils n’ont rien à gagner dans tout ça, le jeu n’a rien à gagner dans tout ça. Une seule personne y gagne quelque chose : le propriétaire du tournoi».

Selon Tennis.com, s’il comprend que les «problèmes sont les mêmes pour tout le monde, il ajoute que les plus puissants joueurs, tels que John Isner et Milos Raonic, seront avantagés. C’est un terrain qui avantage les gros serveurs».

Le Majorquain n’a peut-être pas tort. Les joueurs n’ont pas vraiment eu la chance de se pratiquer sur cette nouvelle surface, même si on leur indique qu’il n’y a aucune différence avec l’originale. Reste qu’avec un procédé de teinture différent, il se peut qu’on y sente un certain changement, aussi minime soit-il. Et ce changement, si moindrement une de ces grosses têtes d’affiche se faisait éliminer tôt dans la semaine, on va en entendre parler, soyez-en certains.

L'enfer bleu. Crédit photo: theglobeandmail.com

Toutefois, je peux comprendre Nadal d’être fâché de cette décision, d’autant plus que lui et certains autres joueurs ont l’impression de n’avoir aucun pouvoir décisionnel sur les changements apportés aux tournois auxquels ils participent.

En fait, la vraie raison pour laquelle Tiriac tient tant à cette évolution, c’est pour que l’on voit mieux la balle de tennis jaune, autant sur le terrain pour les joueurs que pour les téléspectateurs devant leurs écrans. Bien sûr, il y a aussi l’intention de créer un buzz, que l’on porte plus attention à son tournoi, certainement pour avoir plus de cotes d’écoute à la télévision. Et ce sera probablement chose faite, tellement la planète tennis a été engouffrée dans cette controverse depuis des semaines.

Il est vrai que de changer cette surface en plein milieu de la saison de terre battue n’est peut-être pas le meilleur timing. D’autant plus que tous les joueurs se fient à ce tournoi, ainsi que ceux de Rome et de Barcelone, pour s’entraîner sur une terre battue qui ne sied pas à tous les tennismen. Mais si on avait voulu faire ce changement dans un tournoi de moins grande importance, les gros joueurs auraient tout simplement boycottés et on en aurait plus entendu parler. Le fait de le faire dans un Masters 1000, là où les joueurs ne peuvent se permettre de passer à côté, les obligent à venir s’y frotter. On aura ainsi une meilleure idée de la surface, et peut-être, si le test est concluant, l’imposer à d’autres tournois dans les prochaines années. C’est ainsi qu’un sport évolue.

Mais, on le sait, Nadal n’est pas du genre à aimer qu’on change ses routines, ses traditions. On n’a qu’à prendre en exemple son obsession à toujours placer ses bouteilles dans un ordre précis.

Le maître incontesté de la terre battue n’aime pas que l’on chamboule ses routines, et surtout pas en préparation de son tournoi de prédilection, Roland-Garros. Alors que l’on change SA surface, dans son pays, on comprend qu’il parle aussi fort. Il est d’ailleurs déjà en train de faire des excuses s’il perd le tournoi. Parce que s’il se laisse déconcentrer, on saura qu’il ne pense qu’à ça. S’il perd, la terre battue bleue sera la principale raison. S’il gagne toutefois, tout sera positif, et il n’aura probablement plus grand-chose à redire de la surface.

Il y a par contre un réel danger que la tierra azul devienne le bouc-émissaire de tous les maux des joueurs. Et il se pourrait que ce soit véritablement le cas.

Sauf que comme dans tous les grands changements et grandes évolutions, celui qui saura s’ajuster le mieux triomphera. Too bad si Nadal n’est pas capable de trouver un moyen de s’y faire, le tournoi ira à quelqu’un d’autre. Peut-être même qu’un nouveau joueur saura prendre profit des potentiels déboires des grosses têtes d’affiche, qui sait.

 

Jean-François Téotonio

Jean-François Téotonio étudie en Journalisme à l'UQAM. Littéralement passionné par l'«événement sportif», il s'intéresse à tous les sports, en particulier au tennis, au soccer et au hockey sur glace. Toujours à la recherche des émotions qu'engendre un match important, tous sports confondus, il saura vous les commenter avec sa plume droite et éclairée.

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