Euro 2012: Groupe C
L’Espagne
Difficile de ne pas voir l’Espagne comme une favorite pour remporter ce championnat européen. Victorieux de la dernière édition, en 2008, ainsi que champions du monde en 2010, les Espagnols chercheront à accomplir le triplé Euro-Mondial-Euro. Et ils ont l’effectif pour le faire, et immortaliser cette toute spéciale Roja.

Iker Casillas, légendaire gardien du Real Madrid et de la sélection espagnole. Crédit photo: http://news.xinhuanet.com
Leur alignement est tout simplement sublime, un heureux mélange du FC Barcelone et du Real Madrid. Devant les buts, l’homme du Real Iker Casillas est encore en très, très grande forme. Devant lui, le madrilène Sergio Ramos ainsi que les Barcelonais Gerard Pique, Carlos Puyol, et Arbeloa qui, même s’ils ne se comparent peut-être pas aux Carlos Marchena et Capdevila qui ont tout raflé dans les dernières compétitions, devraient former une solide forteresse. Au centre, là où le génie du FC Barcelone et de la sélection espagnole se fait habituellement remarquer, Xabi Alonso et Sergio Busquets s’occuperont de la possession et de la relance. Puis, en avant, le quatuor que forment Iniesta, Xavi (joueur-clé des récents succès de la sélection), Villa et Silva devraient faire de nombreuses vagues, de par leur créativité quasi sans borne. Pour l’instant, Fernando Torres ne semble pas faire partie du XI partant, lui qui a connu une difficile (le mot est petit) saison avec Chelsea. Peut-être que cet Euro sonnera l’heure de la rédemption pour le blondinet.
Et tout ça, c’est sans compter la riche profondeur des hommes de Vicente Del Bosque. Car après les joueurs de renom énumérés ci-haut, il y a une panoplie d’autres espagnols qui tenteront de faire leur place dans le XI de la sélection. On parle de la star basque de l’Athletic Bilbao, Fernando Llorente, de Thiago, de Juan Mata, pour ne nommer que ceux-là. Les options ne manquent pas.
Malgré tout, il y a place au questionnement. Tous ces joueurs viennent de connaître d’énormes saisons dans leurs clubs respectifs. La fatigue pourrait se faire ressentir. Et n’oublions pas qu’il y a une féroce animosité entre les joueurs du Real et du Barça. Leurs éliminations respectives en demi-finales de la Ligue des Champions leur a évité une confrontation ultime en finale, qui aurait sans doute pu ajouter du mauvais sang entre les joueurs. Toutefois, les qualifications, qui se sont jouées en plein milieu de la dernière saison en Liga, se sont bien déroulées, avec 10 victoires sur 10.
L’Italie
Difficile de prédire quel genre de tournoi aura l’Italie à cet Euro 2012. Secouée par le scandale des paris truqués, le «Calcioscommesse» depuis quelques semaines, la sélection italienne n’entre pas dans la compétition la tête reposée. Le scandale a déjà coûté son poste au défenseur Domenico Criscito, et l’icône qu’est Gianluigi Buffon a aussi été ciblé par la police dans l’enquête.
Le sélectionneur Cesare Prandelli avance même que son équipe «doit repartir à zéro». Car non seulement ce scandale fait rage et entre dans la tête des joueurs, la sélection italienne s’amène en Pologne-Ukraine avec trois défaites de suite, sans jamais marquer: 0-1 contre l’Uruguay, 0-1 contre les États-Unis et 0-3 contre la Russie.
Il faut revenir aux bases, donc, et c’est probablement ce que fera Prandelli avec une formation oscillant entre le 4-4-2 et le 5-3-2. Avec le groupe de défenseurs majoritairement venus de la Juventus de Turin qui, rappelons-le, vient de gagner le championnat italien sans même perdre un seul match, on peut parler du « bloc Juventus »(blocco Juve): Bonucci, Barzagli et Chiellini, en plus d’Andrea Pirlo et Claudio Marchisio au milieu, sans compter Buffon devant les buts.
Toutefois, Prandelli, qui a remplacé Marcello Lippi après la débandade de l’Afrique du Sud 2010, se différencie de son prédécesseur, qui prônait davantage les joueurs de la Juve par rapport aux autres joueurs italiens. Ainsi, Prandelli laisse plus de place aux jeunes joueurs, tel que Mario Balotelli, malgré ses nombreuses frasques, et Antonio Nocerino. Prandelli se servira d’Antonio Cassano et de Balotelli pour marquer les buts, mais l’absence de Rossi se fera sentir, lui qui complétait bien ce trio offensif. Le jeune Fabio Borini pourrait répondre à l’appel. Toutefois, si l’Italie veut se rendre loin à cet Euro, le joueur-clé qu’est Cassano devra produire. Notons qu’il a eu quelques problèmes de santé, mais devrait être en forme pour le championnat, qui commence dimanche le 10 juin pour les Italiens, contre l’Espagne.
La Croatie
Après une amère défaite en quarts de finale de l’Euro 2008 contre la Turquie – qui avait égalisé en temps additionnel puis gagné en tirs de pénalité -, la guérison a été longue et pénible pour les Croates. L’entraîneur Slaven Bilic a été exposé à l’ire des médias et des partisans, en plus de révélations douteuses sur sa vie personnelle. Et si on peut parier que d’autres entraîneurs auraient quitté leur emploi pour moins que ça, Bilic, lui, est resté. Cela, en soi, constitue une preuve de ténacité et de confiance en ses moyens. Cette même confiance qui lui est maintenant revenue, autant de la part de ses joueurs que des partisans croates.
Le pilier en milieu défensif qu’est Niko Kovac, qui avait brillé en 2008 mais pas sous les projecteurs, vient de se remettre d’une longue blessure qui l’a écarté de toute compétitions pendant plusieurs mois. L’indispensable Ivica Olic à l’attaque, lui aussi remis d’une longue blessure, devrait aider le talentueux Mario Mandzukic, avec qui il fera la paire à l’avant du 4-4-2. Le retour d’Olic indique donc qu’Eduardo et Jelavic devraient se retrouver sur le banc, ce qui démontre toute la profondeur dont dispose Bilic à cette position.
Le visage le plus connu des Blazers, Luka Modric (Tottenham), devrait être le chef d’orchestre en milieu de terrain, même s’il joue à une place relativement profonde sur le schéma tactique. Modric, avec sa belle vision du jeu et ses passes créatives, sera accompagné de Strinic, Vukojevic et surtout de Srna au milieu, le capitaine de la sélection croate. Ce dernier, qui a une position plus offensive avec le Shaktar Donetsk mais qui ici sera replié plus au centre, devrait donner plus d’options au tandem Mandzukic-Olic.
Encore une fois, et ce n’est pas la seule équipe à avoir cette lacune cette année, c’est la défense qui tend à donner des maux de têtes à l’entraîneur et aux partisans. Si Modric et Vukojevic sont d’excellents passeurs pour des options offensives, leurs lacunes en repli défensif pourraient se faire ressentir, surtout si leur quatuor arrière ne réussit pas à s’imposer dans le premier tiers, ce qui pourrait bien être le cas. Le 4-4-2 des Croates se fient surtout à un jeu offensif, basé sur le contre rapide. Si la défense est trop poreuse, la belle profondeur à l’attaque n’aura pas servi à grand-chose.
En somme, si la majorité du XI partant ne se fait pas diminuer par des blessures, la Croatie pourrait causer une certaine surprise à cet Euro, mais ils devront compter sur un effort collectif très synchronisé pour y parvenir.
L’Irlande
Le sélectionneur Giovanni Trapattoni – aussi surnommé »Trap » -, le dit clairement: «si vous voulez voir du spectacle, allez à La Scala [maison d’opéra à Milan]». En ce sens que le système très rigide qu’impose Trap à ses joueurs en est un défensif, qui laisse très peu la place à l’imagination et à la créativité. Parions que certaines jeunes pousses aimeraient bien sortir de ces chantiers battus et jongler un peu plus avec leurs moyens et leurs talents. Mais ces jeunes pousses justement, elles se font rares. Trapattoni préfère l’expérience à la fougue.
Et sous le règne de Trap, chacun sait ce qu’il a à faire, tout est (trop?) organisé, et personne ne déroge. Ainsi, les deux groupes de 4 qui couvrent la moitié du terrain sont appelés à se tenir debout et ne rien laisser passer. Le centre-arrière Richard Dunne, véritable et indispensable pilier de la défense irlandaise, est très bien entouré. O’Shea, Sean St Ledger et Stephen Ward se connaissent et forment un solide et discipliné quatuor, eux qui ont affichés une très redoutable fiche de huit matchs consécutifs sans concéder un seul but, l’an dernier. On peut se poser quelques questions sur le gardien Shay Given, lui qui a concédé deux buts de longue portée relativement faciles contre l’Arménie et l’Estonie en qualifications.
Dans le 4-4-2 particulier de Trap, on ne s’attend pas à ce que les milieux Whelan et Andrews relancent le jeu, ce qui fait en sorte qu’ils peuvent perdre la possession du ballon de façon assez simpliste. Les autres membres de ce Groupe C sont probablement au fait de cette lacune et joueront de manière très agressive à ce niveau du terrain, pour mettre de la pression.
Les deux attaquants seront Robbie Keane, du L.A. Galaxy, et Kevin Doyle, deux vétérans. Avec un système basé sur la défensive, l’Irlande va plutôt espérer encaisser le moins possible et être opportuniste sur ses chances. Notons d’ailleurs que, selon le magazine FourFourTwo, 30% des buts marqués en compétitions se sont produits dans les 15 premières minutes, et 21% dans les dernières minutes, tout ça depuis l’entrée de Trapattoni.
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Jean-François Téotonio
Jean-François Téotonio étudie en Journalisme à l'UQAM. Littéralement passionné par l'«événement sportif», il s'intéresse à tous les sports, en particulier au tennis, au soccer et au hockey sur glace. Toujours à la recherche des émotions qu'engendre un match important, tous sports confondus, il saura vous les commenter avec sa plume droite et éclairée.



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