Le U.S Open: La revanche de la USGA
Au golf, on définit le par par une normalité ou, en d’autres mots, ce qui est destiné à être la norme.
Plus simplement, le par indique le nombre normatif de coups qui est prévu pour compléter un certain nombre de trous. J’imagine que quand le golf a été inventé en l’an 22 avant Jésus Christ (année à vérifier), la normale était un idéal utopique.
Jamais personne ne pensait vraiment pouvoir être simplement normal!
Puis est arrivé Ben Hogan, Walter Hagen et Bobby Jones, et la normale n’était maintenant qu’un fait divers. A suivi Nicklaus, Palmer et Player qui ont transformé le golf en une vraie « partie de plaisir ». Un jour est apparue un jeune phénomène, nommé Eldrick Woods, surnommé Tiger par son père, et ce dernier a commencé à ridiculiser la pratique de détruire des terrains un après l’autre. Finalement, sont arrivés les têtes de bâtons en titanium, les balles à plusieurs couches, l’entraînement physique et tout le reste qui nous donne maintenant des Bubba Watson, Rory McIlroy et Dustin Johnson qui s’amusent régulièrement à fendre des allées avec des coups de départs de plus de 325 verges.
Résultat : le golf professionnel se pratique maintenant sous le par et si tu veux gagner, ce devra être très bas sous la normale. C’est en quelque sorte comme si le golf actuel changeait l’essence même de la base du golf, soit de compléter 18 trous à la hauteur de la dite normale.
C’est ici que le U.S Open entre en jeu. Le championnat national américain (qui est ouvert à n’importe qui avec un handicap de 2 et 300$ pour se qualifier) est fait pour ramener la dignité au golf. Le but est simple: faire chier les golfeurs en présentant un terrain modifié de façon à rendre très difficile l’atteinte de la normale.
Les allées sont rapides et très (très) minces, arboré avec du gazon long de plus de 5 pouces. Les verts sont vraiment trop rapides (14 et plus sur le stimpmeter, ce qui équivaut presque à du plancher de gym). Des trous toujours très longs et dessinés de façon à placer le golfeur dans de fâcheuses positions.
Sauf que ça ne semble pas avoir empêché Rory McIlroy de détruire le Congressional Country Club l’an passé et de finir avec un cumulatif de -16 (évidemment un record). La USGA (United States Golf Association, l’institut qui s’occupe de tout ce qui est golf aux États-Unis et donc du U.S Open) ne semble pas vraiment avoir apprécié cette performance car elle a rendue inefficace le défi bâti à l’occasion de l’Open de 2011.
Cette année, la USGA, prend sa revanche avec le Olympic Club à San Francisco. C’est particulièrement la revanche de Mike Davis, le directeur de la USGA. L’homme le plus craint des golfeurs. Laissez-moi vous dire qu’ils l’auront, leur revanche. Le design a été modifié de façon à pénaliser chaque petites erreurs de la part des golfeurs. En fait, même les bons coups auront la chance de se trouver à des positions fâcheuses alors que les allées sont extrêmement rapides, étroites et vallonnées. Des balles qui touchent l’allée en plein milieu vont rouler dans les pentes et sortir dans le gazon long de 5 pouces, ce qui rendra presque impossible l’attaque du vert. Si on décide d’attaquer le vert, bonne chance. Ils sont durs, petits et vallonnés. Arrêter la balle où l’on veut sera très difficile. En plus, aucun roulé ne sera un gimme. Si on manque par peu, on se retrouve loin, alors que les contours ont été rasés, ou encore dans un obstacle alors que des trappes de sables on été ajouté à des endroits stratégiques. Et si vous manquez le vert, encore une fois: bonne chance. Contrôler le jeu court sera presque inhumain, puisque que la USGA s’est assurée que les verts soient toujours hors d’atteinte d’un facile coup de récupération.
La plupart des experts sont d’accord sur le fait que les 6 premiers trous à Olympic Club cette année seront probablement les plus durs de l’histoire du U.S Open. Ce n’est pas peu dire quand on pense que le U.S Open est joué à Oakmont et Bethpage.
Comme ils sont des bébés gâtés (Salut Jacques !) les joueurs aiment se plaindre du défi parfois ridicule qui les attend cette semaine en Californie. En fait, il y a particulièrement deux trous qui semble vraiment énerver les joueurs présents cette semaine.
Le trou numéro 1 qui fait 520 verges est habituellement un par 5. Pas cette année, c’est un très difficile par 4 qui va surement présenter une moyenne au-dessus du par d’ici la fin de la semaine. Un trou qui tourne vers la droite, penche également grandement vers la droite. Cela aura pour effet de propulser les balles vers la droite dans l’herbe longue une fois qu’ils toucheront l’allée. Le deuxième coup qui sera frappé avec un long fer devra être parfait sinon la balle ne restera pas sur le vert et elle ira choir loin derrière le vert où le gazon a été tondu très mince.
Le trou numéro 16, un par 5 de 670 verges, est le trou le plus long dans l’histoire du U.S Open. Le trou tourne agressivement vers la gauche au point où l’on croirait presque à un croissant. L’allée est très mince et est protégée par des arbres tout le long. Normalement un par 5 offre l’option d’atteindre le vert en 2 ce qui fait de ce type de trou les plus faciles. Ici, la USGA voulait créer un vrai par 5 de 3 coups. Bubba Watson (le joueur le plus long de la PGA) trouve ridicule la longueur de ce trou. Il indique que plusieurs joueurs qui ne touchent pas l’allée auront des problème à toucher le vert en 3. Pendant sa ronde de pratique, il affirme avoir frappé deux coups de bois de départ (un du tee et l’autre dans l’allée) et il était encore un bon 60 verges à court. Quand on a demandé à Phil Mickelson ce qu’il pensait du trou, il a simplement répondu qu’il n’était pas sûr, avec un regard confus. Il sera vraiment important de bien s’assurer un bon résultat sur ce trou car il s’agit d’un des 2 par 5 du terrain (le U.S Open sera joué comme un par 70). Ceux qui réussiront l’oiselet ici auront un net avantage car il pourrait produire plusieurs bogueys également.
Alors comment on attaque Olympic ?
Facile ! Il suffit de bouger la balle de façon à la mettre aux endroits parfaits. Ceux qui seront capables de tourner leurs balles dans le sens des allées, de sorte que la balle reste dans le gazon court, seront ceux qui auront le plus de succès. Même chose pour les verts. Ils seront trop rapides et vallonnés pour les attaquer de face. Bouger la balle dans le sens adéquat en plus de l’atterrir au bon endroit sera la clé cette semaine. La USGA ne rend pas le terrain impossible, il a des failles et des brèches possible pour l’attaquer. Il faut seulement les trouver et ensuite les exploiter, ce qui demande énormément de talent. Si la température reste fidèle à son habitude californienne et aucune pluie vient attendrir le terrain et le rendre plus réceptif, la rapidité sera vraiment un problème rendu à dimanche. Le terrain devrait être très difficile et je crois que +2 à -1 sera dans la mire pour ceux qui pensent soulever le trophée d’ici la fin de semaine.
Qui pourra relever ce défi ? Celui qui naviguera le mieux sa balle à travers le terrain pendant les 4 jours. Pas nécessairement le plus long des frappeurs, mais quelqu’un qui est capable de placer sa balle intelligemment aux endroits-clés en plus de ne pas trop faire d’erreurs. Ici je pense à Luke Donald. Toujours droit et intelligent, il possède une magnifique touche sur les verts et autour de ceux-ci. Étant numéro 1 mondial, il est temps pour lui de remporter son premier tournoi majeur. Sinon je vois Rory. Il a semblé vraiment inconstant ces temps-ci alors qu’il a manqué 3 couperets de suite. Ne pas être constant au U.S Open, ça ne pardonne pas, sauf que je ne peux pas écarter le champion défendant aussi facilement. Bubba Watson, frais de sa victoire aux Masters, pourrait également être de la partie car bouger la balle pour lui est loin d’être un problème.
Mais au bout du compte, je dois donner mon choix final à (grande surprise) Tiger. Son jeu semble vraiment être de retour. Ses habiletés sont sans aucun doute adaptées pour vaincre Olympic. Son fer droit semble précis comme dans le temps et son sens du drame aussi. De plus, il a retrouvé son go-to shot, alors qu’il utilise son stinger pour frapper n’importe quel allée avec constance (à partir du départ, il s’agit d’une balle très basse qui sort très rapidement et qui est généralement très précise). Il frappe ce coup avec son bois 5 ou son fer 2.
J’aimerais attirer votre attention vers Andy Zhang qui s’est qualifié grâce à l’abandon de Paul Casey. Ah oui, Zhang a 14 ans ! Il sera interessant de voir comment un jeune homme en pleine puberté pourra s’attaquer à un monstre comme l’Olympic Club en fin de semaine. Il s’agit d’un terrain qui fait pleurer les grands garçons, imaginez un petit cul de 14 !
Bonne chance en fin de semaine ! Si vous êtes trop bons, vous y gouterez encore l’an prochain ! Mike Davis en fait sa mission.
Étienne Brière
Étudiant en journalisme à l'UQAM, Étienne est un passionné de sport. Le «petit gars de Rosemont »est un grand expert de Baseball, Basketball, Football et Golf. Son style vivant et unique va vous présenter les choses sous des angles inusités. Grandement inspiré par la culture populaire et toujours avec une touche d'humour, il risque de vous divertir avec ses grandes théories sorties directement de ses observations sur le monde du sport.



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