Un juge de Nanterre dérape en pleine audience — Propos sexistes

Amand Boissieu
Juin 2, 2017

Un magistrat du tribunal correctionnel de Nanterre, dans les Hauts-de-Seine, a complètement dérapé lors d'un procès pour violences conjugales, le 31 mai: le juge a tenu des propos particulièrement sexistes et risques des poursuites disciplinaires. À la barre, Hocine, 48 ans, jugé pour "menace de mort réitérée sur sa conjointe". Le "devoir conjugal" sur la sexualité des époux, concept juridique archaïque et sexiste tombé en désuétude - toutefois toujours utilisé dans les tribunaux dans certains cas de divorce pour manifester de la perte d'intimité dans la vie commune - est surtout loin d'être un argument pouvant relativiser des menaces de mort entre époux! Pour planter le décor, Hocine a rappelé que le couple faisait chambre à part. Durant l'audience, le prévenu a précisé que son épouse et lui faisaient chambre à part, une information que le juge n'a pas manqué de relever. "Il a insisté, s'étrangle-t-elle". Rien de moins. "Par trois fois, il est revenu sur le devoir conjugal en expliquant même qu'il avait été juge aux affaires familiales et qu'il savait de quoi il parle!". Mais enfin, le devoir conjugal, ça n'existe pas. "Mon client reconnaissait les faits".

Maître Migueline Rosset a adressé une lettre au tribunal de grande instance (TGI) de Nanterre, dénonçant cette tentative de culpabilisation de la victime. Réaction immédiate: le juge des comparutions immédiates a été convoqué dans la matinée pour s'expliquer. Après avoir entendu toutes les parties du dossier, le président du tribunal annoncera, en début de semaine prochaine au magistrat si, oui ou non, il lui retire la présidence des comparutions immédiates qu'il assurait jusqu'à présent tous les mercredis. "De tels propos tiennent de la caricature de ce qu'il ne faut pas faire, grince-t-on dans la hiérarchie du tribunal. Ce qu'il s'est passé mercredi renvoie ma cliente à sa culpabilité, c'est inadmissible", gronde encore Me Rosset.

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