La condamnation d'un couple pour "atteinte à la pudeur" agite l'opinion — Tunisie

Claudine Rigal
Octobre 19, 2017

Le porte parole du tribunal de Tunis, Sofiène Selliti, a annoncé que la cour a examiné en appel le recours du franco algérien et de la jeune tunisienne, jugés pour voie de fait sur un agent de l'ordre et pour atteinte à la pudeur en public, à quatre mois de prison. Nessim Ouadi, cadre d'une société à Marseille, boit une bière avec son amie tunisienne dans le nord-est de Tunis, avant de s'arrêter en voiture sur le bord d'une route touristique. Les deux prévenus, qui assurent ne s'être même pas embrassés, ont été condamnés à 2 et 4 mois de prison ferme. Cette affaire de "baiser" avait entraîné une importante mobilisation sur les réseaux sociaux.

A l'audience, la femme s'est effondrée en pleurs lorsque le président a lu devant une salle comble la déposition des policiers décrivant un acte sexuel en cours lors de l'interpellation la nuit du 1er octobre. Des policiers en civil se sont ensuite manifestés pour contrôler le couple en les forçant de sortir de la voiture sans ménagement.

Les avocats de la défense plaidaient bénévolement pour protester contre l'absurdité de cette affaire. Ils ont listé d'innombrables manquements à la procédure pénale, notamment des auditions menées avant le placement en garde à vue, et en arabe, alors que le Français, bien que d'origine algérienne, ne comprend pas cette langue. Lui et son amie comparaissent devant un substitut du procureur pour "atteinte à la pudeur" et "refus d'obtempérer", auxquels s'ajoutent, pour elle "état d'ébriété" et pour lui "outrage à fonctionnaire en exercice".

"C'est normal qu'il réagisse mal quand on bafoue ses droits fondamentaux", a souligné Ghazi Mrabet, dont le client est accusé d'avoir invectivé les policiers. Il a souligné la "mauvaise foi" des policiers, qui ont selon lui cherché à se venger après avoir été mis en cause.

L'affaire du baiser a fait le tour de la toile et du monde. "Le problème, c'est que l'on a des juges qui, aujourd'hui, acceptent eux-mêmes toutes les entorses et les atteintes aux procédures", a-t-elle déploré avant le jugement.

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