L'ONG Sherpa demande l'audition de Laurent Fabius — Lafarge en Syrie

Claudine Rigal
Octobre 13, 2017

"La justice française ne doit oublier aucun acteur dans cette affaire (.) L'État doit être exemplaire, les juges doivent donc rechercher son éventuelle responsabilité"; déplore de son côté Marie Maure Guislain, responsable du contentieux de l'ONG Sherpa.

L'ONG Sherpa, partie civile dans l'enquête visant les activités du cimentier Lafarge en Syrie, réclame l'audition par la justice de Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères de mai 2012 à février 2016. Entendus par les enquêteurs des douanes judiciaires chargés de l'enquête, menée depuis juin par trois juges d'instruction, d'anciens responsables du cimentier ont affirmé que cette volonté de rester coûte que coûte dans le pays en guerre avait reçu l'aval des autorités françaises. L'industriel est soupçonné d'avoir versé de l'argent au groupe terroriste pour pouvoir continuer son activité. Plusieurs dirigeants du cimentier ont affirmé cependant que le quai d'Orsay était informé des activités de l'entreprise. "(.) Le Quai d'Orsay dit qu'il faut tenir, que ça va se régler", a ainsi expliqué le directeur général-adjoint de Lafarge de l'époque. Certains ajoutent même que la diplomatie française a poussé Lafarge à rester en Syrie. "Tous les six mois, on allait voir le Quai d'Orsay, qui nous poussait à rester". Le ministère des affaires étrangères aurait "alerté le groupe Lafarge sur les risques encourus à rester en Syrie".

En avril, Eric Olsen, patron de LafargeHolcim depuis juillet 2015, avait démissionné pour tenter de désamorcer le dossier syrien. C'est plutôt l'ancien patron du groupe, Bruno Laffont, qui intéresse la justice. Jeudi, l'un d'entre eux a confirmé devant le juge "les pressions qu'il avait subies avec ses collègues pour les obliger à continuer à travailler", d'après la source proche du dossier. "Les exactions commises en Syrie par l'organisation Etat islamique ne relèvent pas de simples actes de terrorisme mais de crimes contre l'humanité", juge la Coordination des Chrétiens d'Orient en Danger (CHREDO).

D'autres rapports CampDesrEcrues

Discuter de cet article

SUIVRE NOTRE JOURNAL