Des féministes accusent les signataires de "mépriser" les victimes — Tribune polémique

Alain Brian
Janvier 12, 2018

Les signataires d'une tribune défendant la "liberté" des hommes "d'importuner" les femmes, dont l'actrice Catherine Deneuve, étaient mercredi sous le feu des critiques en France, accusées par une ministre de discours "dangereux" et par des féministes de "mépris" pour les victimes de violences sexuelles.

Une revendication à contre-courant après la vague de dénonciations de cas de harcèlement dans le sillage de l'affaire Weinstein aux Etats-Unis. "On pointe alors une " justice expéditive " dont ont fait les frais des hommes tels que Kevin Spacey ou Harvey Weinstein, dont certains " n'ont eu pour seul tort que d'avoir touché un genou, tenté de voler un baiser, parlé de choses 'intimes' lors d'un dîner professionnel ou d'avoir envoyé des messages à connotation sexuelle à une femme chez qui l'attirance n'était pas réciproque ". Elle ajoute également qu'elle voudrait expliquer à l'actrice "pourquoi #metoo n'a rien d'une chasse aux sorcières". Catherine Deneuve avait ainsi déjà choqué de nombreux internautes en octobre en dénonçant la campagne #Balancetonporc, la comparant à de la délation.

Les signataires de cette tribune déclarent: "le viol est un crime".

Le lendemain, la femme politique et féministe Caroline de Haas publie sur Franceinfo une tribune de réponse, cosignée par une trentaine de militantes féministe.

Quant à La Repubblica, elle précise que "parmi les soutiens des cent signataires de la tribune, il y a Samantha Geimer, la femme que Roman Polanski a reconnu avoir violée en 1977, quand elle avait 13 ans". "Mais la drague insistante ou maladroite n'est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste", peut-on lire.

"Nous sommes conscientes que la personne humaine n'est pas monolithe: une femme peut, dans la même journée, diriger une équipe professionnelle et jouir d'être l'objet sexuel d'un homme, sans être une "salope" ni une vile complice du patriarcat", expliquent les auteurs d'une tribune publiée dans Le Monde ce 9 janvier 2017.

Celles qui se sentent agressées par une main glissée sous une jupe dans le métro, des éructations vulgaires dans la rue, ou la main baladeuse d'un collègue-patron-client seraient donc simplement "coincées", et ne comprendraient pas ces pauvres hommes frustrés sexuellement. Comme si dénoncer la culture du viol, les violences sexistes et sexuelles, le refus d'entendre le consentement au motif que c'est la "nature" de l'homme que de "séduire", relevait de la bigoterie. Conclu par un cinglant: " Les porcs et leurs allié.e.s s'inquiètent? "Elles n'y arriveront pas", conclut le texte. C'est normal. Leur vieux monde est en train de disparaître.

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