À haute dose, un perturbateur endocrinien — Ibuprofène

Evrard Martin
Janvier 8, 2018

Près de la moitié (14) des hommes suivis dans l'étude publiée par la revue américaine PNAS ont pris ce médicament quotidiennement, et les autres (17) un placebo. Cette situation résulte des effets négatifs de l'ibuprofène sur la production de testostérone, et sur la production de deux autres hormones testiculaires. Les jeunes hommes qui en surconsomment sur des longues périodes - ce qui est le cas de certains sportifs - sont affectés par un déséquilibre hormonal appelé "hypogonadisme compensé", préjudiciable à la santé sexuelle. L'échantillon des personnes incluses dans l'étude est réduit mais les résultats se sont révélés suffisamment préoccupants pour bénéficier d'une publication lundi 8 janvier dans le journal scientifique à comité de lecture Proceedings of the National Academy of Sciences.

L'ibuprofène, que l'on peut acheter sans ordonnance, est après le paracétamol l'un des médicaments les plus consommés pour soulager la douleur.

L'ibuprofène est un antalgique anti-inflammatoire largement utilisé contre les de maux de tête et de dents, les douleurs chroniques ou la fièvre. En outre, de nombreuses études indiquent que l'ibuprofène est utilisé massivement par les athlètes, souvent en automédication ou sous la pression de leur entourage professionnel. Cet état habituellement rencontré chez environ 10% des hommes âgés, est généralement associé à des risques accrus pour la santé reproductive, comme pour la santé en général.

Tous ces travaux ont ainsi permis de mettre au jour une altération de la production de plusieurs hormones, parmi lesquelles une augmentation de l'hormone hypophysaire appelée l'hormone lutéinisante (LH), une inhibition de l'hormone anti-mullérienne ainsi que des effets directs sur la production de testostérone.

Conséquence, " la prise prolongée à des doses importantes d'ibuprofène (1200 mg/jour pendant 6 semaines) exerce chez les jeunes hommes des effets perturbateurs endocriniens sévères conduisant à un état appelé hypogonadisme compensé", soulignent les auteurs. Pour l'Inserm et l'université de Rennes I, les conclusions de ce travail sont à prendre au sérieux: "il existe des sous-populations d'hommes qui prennent de façon continue de l'ibuprofène, notamment des hommes ne souffrant d'aucune maladie chronique comme des athlètes de haut niveau".

" Si cet état d'hypogonadisme compensé s'installe, le risque est d'accroître les dangers déjà liés à ce médicament, mais aussi d'altérer leur condition physique (muscles et os), d'hypothéquer leur santé reproductive et même psychologique ", concluent les auteurs.

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