L'affaire de viol qui embarrasse le pays — Japon

Evrard Martin
Janvier 1, 2018

Son cas personnel "peut changer la société", explique-t-elle au Figaro.

"Le harcèlement sexuel, notamment dans le cadre professionnel et les agressions, sont beaucoup moins débattus dans cet univers où toutes les strates de pouvoir sont occupées par des hommes et où les femmes sont censées de plier aux codes virils que leurs supérieurs ont fixés", notent Les Échos. Jeune journaliste travaillant pour l'agence Reuters, Shiori Ito a publiquement accusé fin mai un biographe du premier ministre Shinzo Abe de l'avoir droguée, puis violée, il y a deux ans. A un moment, "j'ai eu la tête qui tournait, je suis allée aux toilettes", a détaillé la journaliste lors d'une conférence de presse. Je me rappelle avoir posé ma tête sur le lavabo.

Le chauffeur de taxi qui les conduit ensuite dans un hôtel a complété son récit, dans son témoignage recueilli par la police: la jeune femme voulait être déposée à une station de métro, mais Noriyuki Yamaguchi a insisté pour la ramener avec lui à l'hôtel.

Shiori Ito se réveille sur un lit alors qu'elle est en train de se faire violer par le quinquagénaire. Pour Shiori Ito, il s'agit d'une interférence politique, ce que le responsable de la police nie. C'est le début du cauchemar. "Je pense qu'il m'a droguée", souffle la jeune femme, pendant sa conférence de presse du 24 octobre dernier, selon Ouest France. Mais elle parvient à s'enfuir.

Cinq jours plus tard, la jeune femme se rend dans un commissariat local. "Mais les policiers ne voulaient même pas me laisser porter plainte". Ils m'ont expliqué que ce genre de choses arrivait souvent et qu'il était difficile de mener une enquête. "Que j'allais briser ma carrière de journaliste et que ma vie serait détruite", affirme-t-elle. J'ai pris conscience de l'incapacité du système légal et social japonais à prendre en charge les victimes de violences sexuelles.

Face à l'inertie des autorités, Shori Ito a décidé de médiatiser l'affaire et poursuit désormais Noriyuki Yamaguchi au civil.

De son côté, Noriyuki Yamagushi niera tout viol.

Le 8 juin 2015, les policiers attendent le suspect dans le terminal international de l'aéroport de Narita, à Tokyo. Un inspecteur m'a immédiatement appelée pour me dire qu'ils n'avaient rien pu faire. "Je ne m'étais jamais sentie si désespérée ". "Une partie de mes proches s'est détournée de moi", assure Shiori Ito.

La requête de la journaliste de traduire en justice l'homme qu'elle accuse de viol a été rejetée. Ce soir-là, Shiori Ito rejoint Noriyuki Yamaguchi au restaurant pour un dîner d'affaires.

Officiellement, le Japon est l'un des pays les plus sûrs au monde. Le ministère de la Justice a publié dans un livre blanc une estimation sur le taux de viol dans le pays: Il y aurait 1 viol pour 100 000 habitants. Quand ils le sont, plus de la moitié des affaires sont classées sans suite, indique la procureure Kazuko Tanaka au Figaro.

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