Marlène Schiappa "choquée" par la tribune du Monde — "Liberté d'importuner"

Pierre Vaugeois
Janvier 11, 2018

Dans leur ligne de mire également, le mouvement #MeToo, par lequel des milliers de femmes ont témoigné des agressions et situations de harcèlement sexuel dont elles ont été victimes. "Et des centaines de viols", souligne le texte, qui déplore que les signataires de la tribune "utilisent leur visibilité médiatique pour banaliser les violences sexuelles" et "méprisent de fait les millions de femmes qui subissent ou ont subi ces violences".

Si les rédactrices de ce texte, qui suscite beaucoup de réactions indignées sur les réseaux sociaux, débutent en rappelant que "le viol est un crime", elles dénoncent l'apparition d'un "puritanisme": consistant d'après elles à "emprunter, au nom d'un prétendu bien général, les arguments de la protection des femmes et de leur émancipation pour mieux les enchaîner à un statut d'éternelles victimes, de pauvres petites choses sous l'emprise de phallocrates démons, comme au bon vieux temps de la sorcellerie". "Nous sommes aujourd'hui suffisamment averties pour admettre que la pulsion sexuelle est par nature offensive et sauvage, mais nous sommes aussi suffisamment clairvoyantes pour ne pas confondre drague maladroite et agression sexuelle", ajoutent-elles en guise de conclusion.

"L'argument de la +galanterie menacée+ ressassé en réponse aux témoignages et aux cris de révolte des victimes de harcèlement est une escroquerie fascinante", a réagi l'essayiste Raphaël Glucksmann, mercredi sur Twitter.

Pour les féministes, "les signataires mélangent délibérément un rapport de séduction, basé sur le respect et le plaisir, avec une violence". À Hollywood, mais aussi en France, des personnalités ont raconté les violences sexuelles ou morales qu'elles avaient subies.

En mars, Catherine Deneuve avait soutenu le réalisateur Roman Polanski, accusé d'agressions sexuelles, déclarant à la télévision, à propos de son inculpation en 1977, qu'elle avait "toujours trouvé que le mot de viol avait été excessif".

La ministre chargée de l'égalité femmes-hommes, Marlène Schiappa, a pour sa part qualifié la tribune de "pot-pourri" de réflexions "intéressantes" et d'autres "profondément choquantes".

D'après ces femmes, ce grand déballage se retourne actuellement en son contraire. "Nous avons énormément de mal à faire comprendre aux jeunes filles que se frotter contre elles, frotter un sexe d'homme contre une femme dans le métro sans son opinion, est une agression sexuelle qui vaut jusqu'à trois ans de prison et 75.000 euros d'amende".

"Cette tribune, c'est un peu le collègue gênant ou l'oncle fatigant qui ne comprend pas ce qui est en train de se passer", estiment-elles. "Que ces débats sont délicats". La liberté sexuelle n'est pas celle d'importuner. "Ni victimaire ni maso".

D'autres rapports CampDesrEcrues

Discuter de cet article

SUIVRE NOTRE JOURNAL