Tunisie : la grogne sociale persiste

Claudine Rigal
Janvier 13, 2018

Hier soir, mercredi 10 janvier, de violents affrontements ont éclaté dans plusieurs villes tunisiennes, en marge des manifestations contre les politiques d'austérité du gouvernement.

Selon des médias locaux, des scènes similaires ont eu lieu dans des quartiers près de Tunis.

"Il y a des actes de pillage et de vol, mais aussi un message politique de la part d'un pan de la population qui n'a plus rien à perdre", estime le politologue Selim Kharrat, soulignant que nombre de symboles de l'Etat ont été pris pour cible.

A Siliana, une ville du nord-ouest, des dizaines de jeunes ont jeté des pierres durant environ trois heures dans la nuit de jeudi à vendredi sur des agents des forces de sécurité qui ont riposté par des tirs de gaz lacrymogènes. 565 personnes ont été arrêtées et l'armée a dû être déployée autour des bâtiments gouvernementaux dans toutes les grandes villes du pays.

Plus de 200 personnes ont été arrêtées et des dizaines blessées lors d'une nouvelle nuit de troubles à travers la Tunisie, alimentés par une grogne sociale persistante et de récentes mesures d'austérité.

Hamma Hammami, porte-parole du Front populaire, a répliqué ce jeudi et a chargé le Mouvement Ennahdha (majoritaire au gouvernement) dont il a rappelé le passé violent, assurant que "celui qui a eu recours à l'acide ne peut donner des leçons de civilité à Al Jabha [Front populaire]".

La banlieue de Tunis est aussi restée calme dans la nuit de jeudi à vendredi.

Dans ce contexte, un centre de réflexion, l'International Crisis Group (ICG), met en garde contre le risque de dérives autoritaires et contre la tentation d'un retour à un régime dur. Après plusieurs années de marasme économique et d'embauches massives dans la fonction publique, la Tunisie est confrontée à d'importantes difficultés financières, l'obligeant à contracter des prêts auprès des institutions financières internationales.

Le mouvement "Fech Nestannew" ("Qu'est-ce qu'on attend"), qui a lancé en début d'année la contestation contre la hausse des prix, a appelé de son côté à une nouvelle mobilisation vendredi.

Ils réclament une révision de la loi de finances, qui a augmenté la TVA et crée différentes autres taxes, ainsi qu'une meilleure couverture sociale pour les familles en difficulté et une lutte plus efficace contre la corruption. Le puissant syndicat UGTT, tout en reconnaissant la légitimité des revendications de nombreux jeunes sans emploi, a condamné "la violence et le pillage", appelant à "protester de manière pacifique pour ne pas être utilisés par des parties qui ne veulent pas le bien de notre expérience démocratique naissante".

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