Une tribune qui importune — Liberté sexuelle

Pierre Vaugeois
Janvier 12, 2018

Ecrivaine, psychologue clinicienne et psychanalyste, Sarah Chiche a participé à la rédaction de cette tribune. Même si elle répète "entendre tout à fait la souffrance des femmes victimes de harcèlement sexuel", Sarah Chiche en est certaine: "Il y a d'autres femmes qui n'en font pas une maladie à vie". "Mais la drague insistante ou maladroite n'est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste", peut-on lire. Ses signataires s'insurgent contre un "puritanisme" qui enfermerait les femmes dans "un statut d'éternelles victimes" et dénoncent une "campagne de délations et de mises en accusation publiques d'individus".

Cette tribune a pour objet d'indiquer qu'il "existe une autre parole". Mais les femmes ne peuvent-elles pas aussi passer à l'offensive?

Dès sa parution, la tribune a suscité un torrent de réactions indignées et au sein du quotidien du soir, de "vifs échanges".

"Vague purificatoire" vs "liberté d'importuner " Le texte fustige ensuite les implications de cette "vague purificatoire" dans les arts, mettant sur le même plan des événements très différents: "Là, on censure un nu d'Egon Schiele sur une affiche ; ici, on appelle au retrait d'un tableau de Balthus d'un musée au motif qu'il serait une apologie de la pédophilie ; dans la confusion de l'homme et de l'œuvre, on demande l'interdiction de la rétrospective Roman Polanski à la Cinémathèque et on obtient le report de celle consacrée à Jean-Claude Brisseau". Certains ont également accusé les auteures de faire partie d'une élite "déconnectée de la réalité". "Et alors? Je passe mon chemin", balaie d'un revers de main Sarah Chiche. Et de citer Christine Angot: "Je ne suis pas toujours d'accord avec ce qu'elle dit, mais je partage son point de vue quand elle dit que quand on a été victime d'un viol ou d'un inceste, on se débrouille".

Pour plusieurs militantes féministes, de tels propos contribuent à une grave banalisation des agressions sexuelles.

"Dès que l'égalité avance, même d'un demi-millimètre, de bonnes âmes nous alertent immédiatement sur le fait qu'on risquerait de tomber dans l'excès", affirment ces féministes signataires d'un texte publié sur le site francetvinfo.

Le collectif dénonce avec véhémence les dommages et dérives du #metoo (moi aussi) et du #balancetonporc, hashtags utilisés par de nombreuses femmes sur les réseaux sociaux pour dénoncer des comportements de harcèlement, au travail et ailleurs, dont elles témoignent avoir été victimes.

"Cette tribune, c'est un peu le collègue gênant ou l'oncle fatigant qui ne comprend pas ce qui est en train de se passer", poursuivent-elles.

"Il faut dire le droit et nous avons déjà énormément de mal à faire comprendre aux jeunes filles que frotter un sexe d'homme contre une femme dans le métro sans son opinion c'est une agression sexuelle (.), on a du mal à dire aux jeunes filles qu'elles n'ont pas à éprouver de la honte et qu'elles ne sont pas coupables de cela et je pense que c'est dangereux de tenir ce discours", a rappelé Marlène Schiappa.

Paraphrasant le philospophe Ruwen Ogien qui défendait "une liberté d'offenser indispensable à la création artistique", le collectif plaide enfin pour "une liberté d'importuner, indispensable à la liberté sexuelle".

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