Le navire d'une ONG qui secourt des migrants saisi

Claudine Rigal
Mars 20, 2018

La justice italienne a placé sous séquestre Open Arms, le navire de l'ONG espagnole Proactiva Open Arms.

Le navire Open Arms, qui a secouru plus de 5.000 migrants depuis l'année dernière, se trouve désormais au port de Pozzallo, dans le sud de la Sicile, où il avait débarqué samedi 216 migrants secourus jeudi au large de la Libye.

"Aujourd'hui, il semble que la solidarité soit devenue un délit", a réagi Oscar Camps, fondateur de Proactiva Open Arms, lors d'une conférence de presse à Barcelone en compagnie de plusieurs célébrités espagnoles. "L'objectif est qu'il ne reste plus aucune ONG de secours en mer", a-t-il déploré.

Il y a un an, une dizaine de navires d'ONG patrouillaient au large de la Libye.

En 2017, le procureur de Catane, Carmelo Zuccaro, avait multiplié les déclarations fracassantes contre les ONG de secours en mer, assurant avoir "des preuves" de contacts avec des passeurs.

Pour cette raison, et malgré des menaces des gardes-côtes libyens, l'ONG a refusé de transférer sur la vedette libyenne les migrants qu'elle avait secourus et a mis cap au nord.

Après avoir évacué vers Malte une mère et son nouveau-né ayant besoin de soins urgents, l'Open Arms a continué sa route vers l'Italie, où les autorités ont expliqué avoir accepté son entrée samedi "compte tenu des conditions précaires des migrants à bord".

En vertu de l'accord entre l'Union européenne et le gouvernement libyen de Faiez Sarraj, les Libyens se chargent notamment d'empêcher les départs de migrants, d'intercepter les embarcations dans leurs eaux, et de reconduire les migrants dans des centres de rétention sur le sol libyen. La convention internationale de 1979 sur la recherche et le sauvetage maritimes (convention SAR) contraint en effet les Etats signataires à "remettre en lieu sûr" les personnes secourues en mer.

Il arrive souvent que les gardes-côtes libyens interviennent avant l'arrivée d'un navire envoyé par les gardes-côtes italiens, mais selon Laura Lanuza, porte-parole de l'ONG, c'était la première fois que Rome demandait à un navire humanitaire de participer à une opération coordonnée par Tripoli.

Pour les migrants, la différence est de taille: lorsque les secours sont coordonnés depuis Rome, les migrants sont conduits en Italie.

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