Le procès d'un fiasco policier — Tarnac

Claudine Rigal
Mars 13, 2018

Après dix ans d'enquête et beaucoup de ratés, le procès du groupe de Tarnac ouvre à Paris ce mardi: huit militants libertaires comparaissent ce mardi, dix ans plus tard, pour la dégradation d'une ligne ferroviaire et des manifestations violentes. Il comparaît notamment pour "participation à une association de malfaiteurs".

Deux autres prévenus sont poursuivis pour falsification ou recel de documents volés - des délits passibles de cinq ans de prison - et deux autres pour leur refus de se soumettre à un prélèvement biologique, passible d'un an de prison. La défense dénonce un PV entaché d'erreurs. Lundi, Yildune Levy a ainsi expliqué sur France Inter vouloir dénoncer "les méthodes de l'antiterrorisme" vis-à-vis d'un groupe qui, selon elle, relève d'une "fiction politique, policière puis judiciaire et médiatique". "Il s'agissait d'un sommet des ministres de l'Intérieur à Vichy sous l'égide d'Hortefeux".

Le 11 novembre 2008, 150 policiers arrêtent à Tarnac des activistes suspectés de sabotage. Quelques jours plus tôt, les 7 et 8 novembre, des caténaires de quatre lignes SNCF avaient été sabotées dans l'Oise, l'Yonne et en Seine-et-Marne: aucun risque de déraillement mais une véritable pagaille avec plus d'une centaine de TGV bloqués et 20.000 voyageurs en rade.

Terrorisme d'ultra-gauche pour la ministre de l'Intérieur de l'époque Michèle Alliot-Marie, mais le juge d'instruction a considéré que rien chez Julien Coupat n'établissait la volonté de faire des victimes, quelle que soit la radicalité de ses écrits.

"Il apparaît de plus en plus clairement que la qualification terroriste a été utilisée imprudemment", dénonçait à cette période l'ancien président français François Hollande, alors président de l'assemblée du département de Corrèze, en parlant notamment de "ratage policier" et "d'une affaire politique".

Aujourd'hui, l'accusation repose pour l'essentiel sur un procès-verbal de surveillance policière du couple Coupat-Levy la nuit du sabotage à Dhuisy. Elle réclame un transport du tribunal sur les lieux du sabotage pour mettre en évidence des "invraisemblances". Les avocats des prévenus ont également cité à comparaître les policiers impliqués dans la surveillance mais ces derniers devraient témoigner anonymement à l'audience comme la loi le leur permet.

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