Racisme : l'admirable mea-culpa du National Geographic sur ses reportages passés

Claudine Rigal
Mars 13, 2018

"Mais (.) il nous faut faire cet examen de conscience avant de considérer de faire celui des autres".

Pour cela, le National Geographic a demandé à l'historien John Edwin Mason (professeur à l'université de Virginie spécialisé dans l'Histoire de la photographie et de l'Histoire de l'Afrique), de se pencher sur toutes les archives du mensuel. Après 130 ans d'existence, le célèbre magazine National Geographic procède à un profond "examen de conscience" et reconnaît le racisme qui s'est glissé dans ses reportages au fil des décennies.

Dans son numéro d'avril 2018, le magazine américain National Geographic a consacré un dossier sur la question raciale, avec en une la photo de jumelles britanniques, une blanche et une noire. Mais si l'homme "avait alors vécu aux États-Unis, il n'aurait sans doute pas fait partie des lecteurs de National Geographic dans une ville comme Washington où la ségrégation était très stricte, et n'aurait pas été autorisé à faire partie de la communauté National Geographic", l'organisation scientifique et éducative non lucrative éponyme du magazine.

La rédactrice en chef poursuit: "Jusque dans les années 1970, National Geographic a quasiment ignoré les personnes de couleur vivant aux États-Unis" alors qu'au "même moment, le mensuel décrivait les "indigènes" d'ailleurs comme de joyeux chasseurs exotiques, souvent nus, des nobles sauvages -tous les clichés".

"Il pointe aussi les " représentations glamour des femmes insulaires du Pacifique " faites par le magazine, les photographies sur lesquelles figurent des " autochtones "non civilisés", apparemment fascinés par la technologie "civilisée" des Occidentaux ". Comme celui d'un reportage écrit en 1916 en Australie: "Sous plusieurs photos d'Aborigènes, on peut lire cette légende: 'Deux Noirs sud-Australiens: ces sauvages se classent parmi les moins intelligents de tous les êtres humains'", écrit le National Geographic de l'époque.

Les populations de couleur étaient donc très souvent absentes des sujets de société ou de l'actualité politique traités par le magazine.

Par exemple, Mason note qu'un reportage sur l'Afrique du Sud des années 1960 mentionne à peine le massacre de soixante-neuf personnes noires par la police qui avait eu lieu à l'époque. Les seuls Noirs représentés dans le magazine sont des personnages se produisant dans des danses exotiques. ou alors des domestiques ou des ouvriers. "Une ligne de couleur les séparait, et National Geographic était le reflet de cette vision du monde", explique John Edwin Mason.

Un article qui contraste avec la couverture réalisée en 1977, soit après la lutte pour les droits civils américains et le Civil Rights Act de 1964 qui déclare la discrimination illégale aux États-Unis.

" Je souhaite que les prochains rédacteurs en chef de National Geographic puissent être fiers de l'histoire de ce magazine, pas seulement pour les reportages que nous aurons décidé de publier mais aussi pour la diversité de journalistes, rédacteurs et photographes qui les portent ", conclu Susan Goldberg.

D'autres rapports CampDesrEcrues

Discuter de cet article

SUIVRE NOTRE JOURNAL