Giuseppe Conte peine à boucler son gouvernement — Italie

Claudine Rigal
Mai 26, 2018

Le président italien, Sergio Mattarella, a chargé mercredi Giuseppe Conte, un juriste proposé par les antisystème et l'extrême droite, de former le prochain gouvernement.

Le Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème) et la Ligue (extrême droite), qui disposent d'une courte majorité au Parlement et ont élaboré un programme commun résolument anti-austérité et sécuritaire, avaient proposé son nom dès lundi soir.

"Là-dehors, il y a un pays qui attend la naissance d'un gouvernement du changement et qui attend des réponses", a déclaré M. Conte devant la presse après près de deux heures d'entretien avec M. Mattarella. "Les ministres que je proposerai seront des politiques", avait-il assuré.

Inconnu du grand public dont l'intérêt pour la politique est récent, Giuseppe Conte va maintenant devoir composer son gouvernement, qui fait depuis des jours l'objet d'âpres négociations entre le M5S et la Ligue.

Selon les médias italiens, M. Salvini, patron de la Ligue, devrait devenir ministre de l'Intérieur tandis que Luigi Di Maio, chef de file du M5S, hériterait d'un grand ministère du Développement économique.

Le nom qui pose le plus de problèmes est celui que la Ligue défend pour l'Economie: Paolo Savona, un ancien ministre de 81 ans, vieux routier des milieux financiers aux positions critiques sur l'évolution de l'UE et sur l'euro.

Le président Sergio Mattarella et Giuseppe Conte.

Mais le président a temporisé presque 48 heures, peu convaincu de l'autorité de M. Conte, un discret professeur de droit de 53 ans sans expérience politique, face aux poids-lourds de la Ligue et du M5S qui devraient devenir ses ministres.

De quoi aussi rendre les marchés financiers nerveux: mercredi, la Bourse de Milan a perdu mercredi 1,31% tandis que le spread - l'écart très regardé en Italie entre les taux d'emprunt italien et allemand à dix ans - a clôturé à 191 points (+60 en huit jours).

Le vice-président de la Commission européenne, Valdis Dombrovskis, a émis vendredi une nouvelle mise en garde à l'attention de l'Italie.

Après avoir martelé ces dernières semaines que les Italiens ne seraient "plus jamais les larbins de personne", M. Salvini a voulu rassurer jeudi soir: "nous sommes sûrs qu'une fois qu'on passera des paroles aux actes, tous ceux qui auront eu quelque préoccupation seront rassurés car notre objectif est de faire croître l'Italie".

Depuis la Russie, où il est en déplacement officiel, le président français Emmanuel Macron a déclaré vouloir "tendre la main au nouveau gouvernement italien" et "lui proposer de continuer à oeuvrer ensemble sur les sujets de sécurité, les sujets de migration, sur les sujets géopolitiques, comme sur l'approfondissement de la zone euro".

Lors d'une cérémonie d'au revoir au personnel du palais Chigi, siège du gouvernement, le chef du gouvernement sortant, Paolo Gentiloni, s'est quant a lui fait l'avocat de son bilan.

"Remonter la pente ces cinq dernières années comme l'a fait l'Italie n'est pas simple, cela réclame de la persévérance, de la constance et du sacrifice".

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