Quelles conséquences pour les entreprises françaises — Nucléaire iranien

Xavier Trudeau
Mai 12, 2018

Elle a en outre assuré qu'elles feraient "l'objet de discussions très serrées avec l'administration américaine", afin de défendre les intérêts des entreprises européennes.

A la suite de l'annonce par Donald Trump du retrait des Etats-Unis de l'accord de 2015 sur le programme nucléaire iranien et du rétablissement de sanctions contre l'Iran, le secrétaire américain au Trésor, Steve Mnuchin, a déclaré mardi qu'Airbus et Boeing allaient perdre leurs permis d'exporter des avions de ligne à l'Iran.

Airbus, Siemens, Total, PSA, Fincantieri: de nombreuses multinationales se sont empressées de lancer des projets, malgré les difficultés de financement qui demeurent avec ce pays.

Renault n'était pas pour sa part en mesure de faire un commentaire dans l'immédiat. Les exportations françaises ont quasiment triplé entre 2015 et 2017, pour s'établir à 1,5 milliard d'euros (2,3 milliards $ CA).

Ces accords dépendent toutefois des permis délivrés par les Etats-Unis en raison de la forte utilisation de pièces américaines dans la construction des avions. Il accorde 90 à 180 jours aux entreprises pour résilier leurs anciens contrats avec l'Iran avec l'interdiction d'en conclure de nouveaux.

La Maison Blanche s'appuie en effet sur le principe d'extraterritorialité des lois américaines, ce qui permet à Washington de sanctionner des entreprises étrangères travaillant avec des pays sous embargo, à partir du moment où elles commercent aussi avec les Etats-Unis ou utilisent le dollar dans leurs transactions.

Une arme déjà utilisée dans le passé, à l'image de l'amende de 8,9 milliards $ US infligée en 2014 à la banque française BNP Paribas pour avoir enfreint les sanctions contre l'Iran et d'autres pays.

Un casse-tête pour des groupes engagés dans des projets au long cours comme Total qui, associé au groupe chinois CNPC, a signé un accord portant sur un investissement de 5 milliards de dollars pour exploiter le gisement South Pars. Les entreprises vont sûrement tenter de demander des dérogations aux autorités américaines, comme cela s'est déjà fait par le passé.

Et de fait, les entreprises restent prudentes.

" Nous analysons attentivement cette annonce et nous évaluerons les prochaines étapes en cohérence avec nos politiques internes et en respect total avec les sanctions et les règles de contrôle des exportations", a indiqué un porte-parole d'Airbus.

Il n'est "pas acceptable " que les États-Unis se placent en " gendarme économique de la planète " après la décision de Donald Trump de rétablir les sanctions visant l'Iran, a estimé ce matin le ministre de l'Économie Bruno Le Maire sur France Culture".

Dennis Muilenburg, qui s'exprimait lors d'un déjeuner de l'Economic Club de Washington, a également déclaré que Boeing continuait à progresser dans ses négociations en vue d'un rapprochement avec le brésilien Embraer, tout en ajoutant que cet accord ne lui était "pas indispensable". Le gouvernement américain souhaite que les sociétés européennes soient conformes au rétablissement des sanctions. Actuellement, les exportations pétrolières de l'Iran ont grimpé à 2,5 millions de barils par jour, dont la majorité est destinée à l'Europe et à l'Asie.

C'est une décision qui aura des conséquences, y compris pour Airbus.

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