Emmanuel Besnier, "Nous avons failli à notre mission" — Lactalis

Xavier Trudeau
Juin 10, 2018

Suite à cette confrontation, la Commission d'enquête parlementaire remettra son rapport et ses recommandations le mois prochain. Il défend toujours la thèse de l'accident dans le dossier du lait infantile contaminé.

Après s'être longtemps fait désirer, le très discret PDG de Lactalis, Emmanuel Besnier, doit s'expliquer ce jeudi devant une commission d'enquête parlementaire sur sa gestion de l'affaire de lait infantile contaminé aux salmonelles fin 2017. Il a estimé que le calendrier du retrait total des produits qui s'est prolongé jusqu'au 12 janvier, a respecté à la lettre la réglementation et qu'aucune négligence n'a été commise. Dans la nuit, nous identifions douze lots.

Cette fois-ci, il n'aura pas fait faux bond. Pour justifier ce redémarrage, Emmanuel Besnier a assuré que le groupe "avait pris la décision de fermer définitivement la tour numéro 1 à l'origine de l'incident", et qu'il allait désormais partager ses analyses entre au moins deux laboratoires, dont des laboratoires publics.

Mais les députés ne l'entendent pas ainsi. Le président de la commission interrompt les dirigeants de l'entreprise: "Un certain nombre de mes collègues commencent à s'agacer, à juste titre". Je veux bien que vous lisiez mais ça ne peut pas aller comme ça. "Nous sommes extrêmement contrariés que vous essayiez de torpiller la commission par tous les moyens possibles", a souligné Christian Hutin (Nouvelle Gauche).

Je ne peux pas vous laisser nous faire croire que vous avez de la compassion pour les victimes alors que vous ne les avez pas reçues. Ils ont mis en avant son absence de compassion pour les familles des victimes, son indifférence à leurs multiples demandes de rencontre et dit attendre plus qu'une lecture de note et un froid rappel des faits. Convoquée par le ministre de l'Economie Bruno Le Maire, la grande distribution s'engage à mettre en place un contrôle plus rigoureux en cas de rappel de produits. "C'est un accident, il n'y a pas de responsabilité à l'intérieur de l'usine", a ajouté Emmanuel Besnier. Le groupe explique la présence de salmonelles dans les produits finis par une série de travaux d'aménagements qui se seraient traduits par une prolifération de la bactérie. "Pourquoi ne l'avez-vous pas repéré aussitôt?"

Tout en affirmant ne pas vouloir "se défausser", M. Besnier s'est interrogé sur la responsabilité du laboratoire d'analyse qui n'a pas détecté de traces de salmonelle sur les produits finis "alors qu'en refaisant des tests sur les échantillons après la crise, il s'avère que quelques produits étaient positifs". L'enquête judiciaire en cours devrait permettre d'aller plus loin. Les 200 familles de victimes qui ont porté plainte contre son groupe doivent espérer que cela lui coûtera cher.

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