Manifestations contre la remise en liberté des accusés de "la Meute" — Espagne

Claudine Rigal
Juin 23, 2018

Les Espagnols sont descendus dans la rue, après l'annonce de la libération sous caution des cinq suspects de " La Meute ", en attendant leur procès en appel.

Les cinq hommes, qui s'étaient baptisés "La Manada" - "La Meute" en espagnol - sur leur groupe WhatsApp, sont sortis de prison ce même jour, moins de deux mois après leur condamnation à neuf ans de prison chacun pour "abus sexuel".

Le tribunal qui avait déjà scandalisé l'Espagne le 26 avril en écartant la qualification de viol pour les faits établis - les accusés s'étaient filmés - a autorisé leur mise en liberté sous contrôle judiciaire moyennant une caution de 6000 euros chacun. Dans sa décision rendue publique vendredi, le tribunal de Navarre explique autoriser la libération des cinq Sévillans car la pression sociale qui s'exerce sur eux rend "pratiquement impensable" le risque de récidive. S'ils s'acquittent de leur caution, ces derniers resteront soumis à un contrôle judiciaire: interdiction de quitter l'Espagne et retrait du passeport, obligation de se présenter les lundis, mercredis et vendredis au tribunal de leur lieu de résidence, et interdiction de se rendre à Madrid où réside leur victime. Mais un des trois juges a émis une opinion divergente, se prononçant pour leur maintien inconditionnel en détention pendant la moitié de leur peine, soit quatre ans et demi. Tous ont été condamnés pour avoir abusé d'une jeune femme en 2016. Les cinq jeunes hommes, dont un garde civil et un ancien militaire, attendent par ailleurs leur procès en appel, car le parquet a jugé le jugement trop clément en première instance.

" Pour lutter contre les atteintes à la liberté et l'intégrité sexuelles, le gouvernement s'est engagé à étudier la possibilité que le service juridique de l'Etat se porte partie civile en défense des victimes ", a annoncé, vendredi, la porte-parole du gouvernement, Isabel Celaa, qui a reconnu que la libération provisoire a provoqué la " surprise " de l'exécutif.

Une pétition lancée en ligne sur le site change.org contre la libération des condamnés a déjà recueilli plus de 600 000 signatures. De son côté, le gouvernement espagnol dit respecter la décision de justice tout en se faisant l'écho de la contestation générée par celle-ci. Des mouvements féministes ont appelé à manifester vendredi soir à Madrid, mais aussi à Valence, à Séville d'où sont originaires les cinq agresseurs, à Saragosse, à Grenade et d'autres villes d'Espagne. Des manifestantes criaient "Si on ne nous tue pas, on ne nous croit pas" ou "Assez de la justice patriarcale!".

Les premières manifestations avaient eu lieu jeudi à Pampelune même, où la jeune femme s'était fait agresser à l'été 2016, à Barcelone et dans les trois grandes villes du Pays basque: Bilbao, Vitoria et San Sebastian.

La toute première mesure annoncée par le nouveau gouvernement de Pedro Sanchez, entré en fonctions au début du mois et composé de 11 ministres femmes pour six hommes, est une formation des magistrats pour les sensibiliser aux questions des violences faites aux femmes.

Manifestation dans les rues de Madrid vendredi soir.

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