Comme prévu, Trump nomme un conservateur

Claudine Rigal
Juillet 12, 2018

Le président Donald Trump nommera lundi un juge vraisemblablement très conservateur à la Cour suprême des Etats-Unis, une décision lourde de conséquences pour l'évolution de la société américaine. L'opposition démocrate entend se mobiliser lors du vote de confirmation du juge Kavanaugh, de même que certains élus républicains qui ont prévenu qu'ils n'endosseraient pas automatiquement le juge Kavanaugh.

Comme Canadiens, il est étonnant de constater l'implication du politique dans le choix des juges à la Cour suprême des États-Unis.

Il s'agit de la deuxième nomination effectuée par le président à la Cour suprême en 18 mois d'exercice de sa fonction. Car avec le départ à la retraite inattendu du juge Anthony Kennedy, cette juridiction comptera une solide majorité de cinq membres très conservateurs, contre quatre progressistes. Sa candidature sera ensuite soumise au vote du Sénat, où les républicains possèdent une très courte majorité de 51 contre 49 face aux démocrates.

Trois magistrats tiennent ainsi la corde: Brett Kavanaugh, un ancien conseiller de George Bush fils; Amy Coney Barrett, une juge réputée pour ses valeurs religieuses traditionalistes et Raymond Kethledge, défenseur d'une interprétation littérale de la Constitution.

" Il y a trente ans, le président Reagan a nommé Anthony Kennedy à la Cour suprême".

Si le Sénat donne son approbation à M. Trump, les conservateurs seront alors en mesure de l'emporter sur des sujets brûlants tels que la restriction des droits à l'avortement ou le port d'armes à feu.

Le juge Kennedy, 81 ans, a joué un rôle pivot: conservateur sur des sujets comme les armes à feu ou le financement électoral, il lui est arrivé de virer progressiste sur des thèmes comme l'avortement, la discrimination positive ou le mariage homosexuel.

Récemment, Brett Kavanaugh s'est opposé à ce qu'une adolescente entrée clandestinement aux Etats-Unis puisse avorter. Donald Trump, qui ne cesse de critiquer l'actuel procureur spécial Robert Mueller chargé d'établir s'il y a eu collusion avec la Russie, pourrait utiliser une déclaration de Brett Kavanaugh à son avantage: "Je pense que le président devrait être relevé de certaines charges de citoyen pendant son mandat".

Son départ était vivement redouté par les démocrates, qui craignent par ailleurs une défaillance de la doyenne de la Cour, la magistrate progressiste Ruth Bader Ginsburg, qui siège encore à 85 ans.

La nomination de Kavanaugh en inquiète plusieurs, mais il faudra attendre ces premières décisions pour juger. Il n'était cependant pas allé jusqu'à dire que c'était inconstitutionnel, ce que lui reprochent aujourd'hui les opposants les plus acharnés à l'avortement. Sous la présidence d'Obama, il a estimé à plusieurs reprises que l'Agence de protection de l'environnement dépassait ses prérogatives en imposant aux entreprises des limitations en termes d'émissions de CO2 et de gaz nocifs. En 1998, il a contribué à l'écriture du rapport qui plaidait en faveur de la destitution de Bill Clinton pour sa relation extraconjugale avec sa stagiaire Monica Lewinsky.

Le juge Kavanaugh doit désormais être confirmé par un vote du Sénat. C'est sans doute ce qui l'a poussé à apporter une touche résolument féminine au discours qu'il a fait lundi soir à la Maison-Blanche.

Ce nouveau juge est vraisemblablement plus traditionnel que son prédécesseur le juge Kennedy à propos des enjeux sociaux. Il s'est également targué de s'être majoritairement entouré de clercs féminins pendant sa carrière de juge.

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