Iran: Une ado arrêtée pour s'être filmée en train de danser

Pierre Vaugeois
Juillet 10, 2018

"Elle avait l'habitude d'enregistrer des vidéos de danse dans sa chambre et de les partager sur son compte Instagram qui compte 600.000 abonnés". La diffusion à la télévision iranienne de ses aveux, forcés selon beaucoup d'internautes, a provoqué une vague d'indignation sur la Toile.

La jeune femme avait l'habitude de se filmer en train de danser sur de la pop rythmée, dans des vidéos où elle apparaissait sans voile, rouge aux lèvres, tatouage apparent, pantalon taille basse et haut sexy, avant de les partager sur son compte Instagram où la suivent plusieurs dizaines de milliers d'abonnés.

Ce n'est pas la première fois, que des jeunes iraniens font les frais de la police de la morale. Dans l'espace public, la police des mœurs veille au bon respect des codes vestimentaires, et les hors-la-loi, hommes et femmes, sont parfois arrêtés et emmenés au poste, où ils doivent demander à leurs proches de leur amener des vêtements " décents", avant d'être relâchés. En pleurs, la jeune Iranienne explique pourquoi elle produisait ces vidéos, et jure que "ce n'était pas pour attirer l'attention". Selon le site d'informations locales Shabooneh, ces dernières semaines, trois autres personnes auraient été détenues pour des chefs d'accusations similaires avant d'être libérées sous caution. "A l'époque, les autorités les avaient accusées d'avoir voulu pervertir la jeunesse iranienne en prônant un mode de vie " anti-iranien " et " occidental ".

"Solidarité avec la danseuse adolescente Maedeh Hojabri". "Le mot clé "#dancing_isn't_a_crime" (danser n'est pas un délit).

Les utilisateurs des réseaux sociaux ont partagé de nombreuses vidéos et des messages afin de soutenir Maedeh face à cette épreuve. Comme l'affaire a fait grand bruit, la chaîne de télévision publique iranienne IRIB a diffusé une vidéo dans laquelle elle a avoué qu'elle regrettait d'avoir enregistré et diffusé de tels clips.

Des vidéos de danse en soutien à la jeune femme. Maintenant, vous arrêtez Maedeh Hojabri et elle n'a que 18 ans.

Dimanche 8 juillet, une autre Iranienne, Shaparak Shajarizadeh, a été condamnée à deux ans de prison pour avoir ôté son voile en public. La célèbre avocate iranienne, Nasrin Sotoudeh, qui représente certaines de ces femmes, dont Shaparak Shajarizadeh, est, elle aussi, en prison, depuis le 13 juin, pour avoir pris la défense dans les médias d'une de ses clientes.

Instagram bientôt censuré en Iran?

Une éventualité d'autant plus probable après la diffusion à la télévision des aveux des jeunes danseurs. Elle est désormais exclusivement accessible avec des logiciels antifiltrage.

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