Le Japon et l'UE signent un accord de libre-échange historique

Xavier Trudeau
Juillet 18, 2018

Les dirigeants de l'Union européenne (UE) sont attendus mardi à Tokyo où ils doivent signer un accord de libre-échange présenté comme "historique", qui se veut aussi être un signal face au protectionnisme de Donald Trump.

Avant le Japon, le président du Conseil européen Donald Tusk et le chef de la Commission Jean-Claude Juncker ont fait une halte en Chine, à l'occasion du 20e sommet UE-Chine, dans la même optique de resserrer les rangs face au président américain.

"A un moment où les mesures protectionnistes gagnent du terrain à travers le monde, la signature aujourd'hui de l'accord UE-Japon montrera au monde une fois de plus notre volonté politique inébranlable de promouvoir le libre échange", a pour sa part déclaré mardi le ministre japonais de la Revitalisation économique, Toshimitsu Motegi.

Le texte doit être soumis d'ici la fin de l'année au Parlement européen en vue d'une entrée en vigueur en 2019, si le Parlement japonais le vote lui aussi rapidement.

Il est prévu que le document sera ratifié en mars de l'année prochaine, lorsque le Royaume-Uni quittera l'Union européenne.

Côté européen, le secteur agroalimentaire sort grand vainqueur des discussions.

Selon le document approuvé, le Japon supprimera les droits de douane sur 94% des marchandises en provenance de l'UE, y compris des produits d'alimentation, ce qui réduira les prix des fromages européens, du vin et du porc sur le marché japonais. Le riz, un produit hautement symbolique pour les Japonais, est exclu de l'accord.

Tokyo s'engage à reconnaître plus de 200 indications géographiques comme le Roquefort, le Tiroler Speck autrichien, le Jambon d'Ardenne belge ou la Polska Wódka (vodka polonaise), qui bénéficieront "du même niveau de protection qu'en Europe". L'accord éliminera les droits de douanes très élevés sur plusieurs fromages, avec une période de transition pouvant atteindre 15 ans.

En particulier "trois engagements clés ont été abandonnés" par Paris: "comme dans le CETA, les seuls chapitres qui ne sont pas contraignants sont ceux portant sur le développement durable"; l'Accord de Paris en particulier a été inscrit dans ces chapitres et non dans les clauses essentielles.

La protection des investissements a constitué le principal point d'achoppement des discussions et n'est pas comprise dans l'accord signé mardi.

Du fait de l'absence de cette partie sur la protection des investissements, l'accord ne nécessite pas de passer par les Parlements nationaux, précisent des sources européennes. "Le multilatéralisme est sous attaque, c'est une attaque sans précédent depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale", a lancé M. Juncker lors d'un entretien avec le président chinois Xi Jinping.

Junichi Sugawara, chercheur au Mizuho Research Institute, souligne que l'attitude de Donald Trump a "poussé le Japon et l'Union européenne à accélérer les négociations".

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