Prison à vie pour la principale accusée — Meurtres néonazis

Claudine Rigal
Juillet 11, 2018

C'est l'épilogue de l'un des procès les plus longs -437 jours d'instruction sur cinq ans- et les plus importants de l'histoire allemande d'après-guerre.

Le tribunal de Munich a également privé l'accusée de 43 ans, unique survivante du trio baptisé Clandestinité nationale-socialiste (Nationalsozialistischer Untergrund,NSU), de la possibilité de demander une libération conditionnelle au bout de quinze ans, en raison de la "gravité particulière" de sa "faute". Elle avait alors rejeté alors toute responsabilité dans les meurtres et les deux attentats à l'explosif contre des communautés étrangères.

Le ministère public assure qu'elle a apporté un soutien logistique important à ses deux compagnons et géré les finances du trio tout en leur trouvant des logements durant les nombreuses années de leur vie dans la clandestinité.

Beate Zschäpe a aussi été condamnée mercredi pour deux attentats contre des communautés étrangères et 15 braquages de banque commis par le trio NSU qu'elle formait avec Uwe Mundlos (38 ans) et Uwe Böhnhardt (34 ans), qui a vécu dans la clandestinité pendant 14 ans. Il avait fallu attendre deux ans et demi d'audience pour que l'accusée s'adresse pour la première fois à ses juges dans une lettre lue par l'un de ses avocats. Ils encourent des peines pouvant allant jusqu'à 12 ans d'emprisonnement.

En novembre 2011, Uwe Mundlos et Uwe Böhnhardt avaient été retrouvés morts par la police, tués par balles dans une caravane juste avant leur arrestation. Les enquêteurs dressent deux hypothèses: ils ont pu tous les deux se suicider, ou l'un deux a tué son complice avant de retourner l'arme contre lui.

Cette affaire avait profondément bouleversé une Allemagne encore traumatisée par les crimes nazis et jeté une lumière crue sur les défaillances des services de renseignement intérieur.

Les meurtres visaient des petits commerçants, la plupart turcs ou d'origine turque, dans toute l'Allemagne et leur auteur avait été surnommé "le tueur des kebabs".

La chancelière Angela Merkel avait exprimé "la honte" de son pays devant ces crimes.

Les familles ont été accusées à tort, et jamais la piste xénophobe n'a, semble-t-il, été explorée sérieusement par les enquêteurs.

Des proches des victimes ont témoigné à la barre des soupçons dont ils ont fait l'objet de la part de policiers qui penchaient pour des règlements de compte entre trafiquants de drogue ou du blanchiment d'argent.

Une commission d'enquête parlementaire s'est penchée sur ces dysfonctionnements de la police et de la justice, le président d'alors du Bundestag avait évoqué un "désastre historique sans précédent" et dénoncé "l'échec massif des autorités" dans l'enquête de plus de dix ans.

Le procès marathon s'était ensuite enferré dans des débats de procédure, Mme Zschäpe cherchant un temps à révoquer ses trois avocats avant finalement de s'adjoindre les services, en cours de procès, de deux autres défenseurs.

Alors que Beate Zschäpe se prépare à faire appel, l'instruction pourrait à nouveau s'éterniser.

"S'il vous plaît, ne me condamnez pas pour quelque chose que je n'ai ni voulu ni commis", avait-elle lancé au tribunal.

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