Hulot évoque le "début d'une guerre contre les pesticides" — Glyphosate

Xavier Trudeau
Août 12, 2018

David a fait tomber Goliath. Un tribunal de San Francisco a condamné ce vendredi 10 août Monsanto à payer près de 290 millions de dollars de dommages à un jardinier. Ce jardinier américain de 46 ans estimait que les produits de Monsanto, et notamment le Roundup qu'il avait vaporisé pendant des années, avaient entraîné son cancer et que la multinationale avait sciemment caché leur dangerosité.

Nicolas Hulot se sent pousser des ailes: alors que le ministre de la Transition écologique et solidaire se disait "déçu" de que l'interdiction du glyphosate dès 2021 ne soit pas inscrite dans la loi, la décision de la justice américaine reconnaissant les effets cancérigènes de ce produit lui donne un regain d'ardeur.

"Nous ferons appel de la décision et continuerons à défendre vigoureusement ce produit qui bénéficie de 40 ans d'histoire d'une utilisation sans danger et qui continue à être un outil essentiel, efficace et sans danger pour les agriculteurs et autres usagers", ajoute-t-il.

Robert F. Kennedy Jr, le célèbre avocat spécialiste de l'environnement et membre de la défense de M. Johnson, a affirmé que les jurés avaient "envoyé un message à Monsanto pour que l'entreprise change sa manière de faire du business".

Ce père de trois garçons a été diagnostiqué en 2014 d'un lymphome non hodgkinien, un cancer incurable du système lymphatique.

L'entreprise de Saint-Louis (Missouri) a immédiatement annoncé qu'elle allait faire appel. "Comment ose-t-elle?", s'est interrogé au sortir de la salle d'audience Dewayne Johnson, à qui les médecins donnent moins de deux ans à vivre.

"Nous avons pris une première décision en France mais ce ne doit être que le début d'une guerre que nous devons mener tous ensemble pour réduire massivement les molécules les plus dangereuses", a affirmé le ministre à BFMTV, en référence à l'engagement d'Emmanuel Macron de bannir en 2021 le glyphosate, le principe actif de l'herbicide Roundup.

Pour ses avocats, Monsanto a fait passer ses bénéfices avant la santé publique en bataillant contre des études évoquant des risques de cancer autour du Roundup.

Selon des médias américains, il existe des milliers de procédures en cours contre Monsanto aux Etats-Unis, à divers degrés d'avancement. "La justice agit là ou le gouvernement n'est pas présent, il faut que les citoyens continuent de se mobiliser pour que le glyphosate soit enfin interdit en France et en Europe".

Son herbicide vedette lancé en 1976 contient du glyphosate, substance qui fait l'objet d'études scientifiques contradictoires quant à son caractère cancérigène.

"Générations Futures salue cette décision historique, qui reconnaît le caractère cancérogène de ces produits à base de glyphosate et la responsabilité de Monsanto dans le fait de les avoir mis sur le marché sans en avertir le consommateur", a indiqué dans un communiqué le directeur de cette association, François Veillerette. Dans l'intervalle, Stéphane Travert et Nicolas Hulot comptent toutefois sur la task force réunissant syndicats agricoles, industriels, distributeurs, services de l'Etat, coopératives, chambres d'agriculture et instituts de recherche, sous l'égide de leurs deux ministères, pour imaginer l'agriculture sans cet herbicide le plus utilisé en France. "Elle montre que Monsanto savait depuis le début que sa formule chimique est toxique, et qu'ils ont trompé les autorités publiques".

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