La livre s'effondre, Erdogan dénonce une "guerre économique" — Turquie

Xavier Trudeau
Août 14, 2018

Mais son appel n'a eu que pour effet d'intensifier la chute de la livre.

La livre turque a plongé de près de 20% vendredi après l'annonce d'un doublement des droits de douane sur l'acier et l'aluminium turcs importés aux Etats-Unis. La tension monte entre les deux alliés de l'Otan tandis que la livre turque s'est fortement dépréciée face au dollar.

Signe de l'imbrication étroite des problèmes structurels de l'économie turque et de l'influence de l'extérieur décriée par Recep Tayyip Erdogan, l'inquiétude des marchés a été renforcée par la publication d'un article du Financial Times selon lequel la Banque centrale européenne s'inquièterait d'une éventuelle contagion de cette crise monétaire à certaines banques européennes très présentes en Turquie.

La chute de la livre "montre que les investisseurs sont de plus en plus inquiets de l'imminence d'une crise monétaire totale", a souligné dans une note David Cheetham, analyste chez le courtier XTB.

Si la devise turque connaît une érosion inexorable depuis plusieurs années, l'hémorragie s'est accélérée ces derniers jours en raison de la grave crise diplomatique avec les Etats-Unis liée à la détention en Turquie d'un pasteur américain.

La pause du week-end devrait permettre aux marchés de reprendre leur souffle, mais l'onde de choc provoquée par la chute brutale vendredi de la livre turque, alimentée par la crise entre Ankara et Washington, suscite l'inquiétude internationale, notamment dans le secteur bancaire. Ces deux alliés au sein de l'Otan se sont imposés, la semaine dernière, des sanctions réciproques contre des responsables gouvernementaux.

"Si les pays européens veulent eux-aussi se débarrasser du dollar, Ankara est prête à passer à des échanges identiques avec eux", a déclaré Recep Tayyip Erdogan.

Après l'annonce, par Donald Trump, de nouvelles sanctions économiques à l'encontre d'Ankara, le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé les États-Unis de mener " un complot politique " contre son pays.

La livre turque a touché jeudi un nouveau plus bas record face au dollar, en baisse de quelque 2,5% sur la journée, au lendemain d'une rencontre apparemment infructueuse entre une délégation turque et le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo sur le sort du pasteur Andrew Brunson, accusé de terrorisme par Ankara et actuellement placé en résidence surveillée. "C'est une lutte nationale", a exhorté M. Erdogan dans un discours à Bayburt (nord-est).

Face à cette situation, le président Erdogan a pointé vendredi un doigt accusateur en direction d'un mystérieux " lobby des taux d'intérêt " dont il n'a pas défini les contours.

Depuis sa nomination à ce poste après la réélection de M. Erdogan en juin, M. Albayrak s'est efforcé sans succès d'apaiser les marchés qui voient d'un mauvais oeil la mainmise croissante sur les affaires économiques du président dont les positions peu orthodoxes inquiètent.

Erdogan tente cependant de remobiliser son électorat: "S'ils ont leurs dollars, nous avons notre peuple, notre Dieu" dénonçant la chute de la livre turque comme une attaque rangée contre son pays. La banque centrale, censée être indépendante mais en réalité soumise aux pressions du pouvoir, rechigne à relever ses taux, délaissant ainsi un outil traditionnellement utilisé à travers le monde pour soutenir la monnaie et réguler l'inflation.

" Nos institutions prendront les mesures nécessaires à compter de lundi pour soulager les marchés", a déclaré Berat Albayrak, le gendre du président, à la tête d'un super-ministère des Finances, dans une interview au grand quotidien Hurriyet.

Le ministre des finances annonce que la Turquie a rédigé un plan d'actions pour soutenir l'économie réelle, qui est la plus affectée par la variation des taux de change.

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