La Turquie "va boycotter" les appareils électroniques américains

Xavier Trudeau
Août 14, 2018

Auparavant, le Président turc avait déclaré que son pays ne perdrait pas "la guerre économique". Dans l'espoir de rassurer les marchés, la banque centrale de Turquie a annoncé lundi qu'elle fournirait toutes les liquidités dont les banques auraient besoin et prendrait les "mesures nécessaires" pour assurer la stabilité financière.

Le président turc est reparti ce mardi à la charge contre les Etats-Unis accusé d'avoir provoqué le chute de la livre turque, en annonçant le boycott des produits électronique américain.

Les turbulences entre la Turquie et les Etats-Unis ont mis au supplice la livre turque qui s'est effondrée ces derniers jours et a ainsi perdu plus de 40% de sa valeur face à l'euro et au dollar depuis le début de l'année.

Gagnées par l'onde de choc de ce "Vendredi noir", qui a vu la livre perdre quelque 16% de sa valeur face au billet vert, les Bourses de Tokyo et de Hong Kong ont fortement baissé lundi. Cette dépréciation s'est ressentie sur les performances asiatiques de ce début de semaine tandis que les principales places européennes, déjà affectées vendredi, ont été fébriles hier. La Bourse de Tokyo se ressaisissait mardi à l'ouverture.

La déroute de la livre s'est accélérée au cours des deux dernières semaines en raison de la grave crise dans les relations entre Ankara et Washington liée à la détention en Turquie d'un pasteur américain, Andrew Brunson. "S'ils ont des iPhones, il y a des Samsung de l'autre côté", a lancé Recep Tayyip Erdogan lors d'un discours à Ankara.

Vendredi, la crise diplomatique a franchi un palier supplémentaire lorsque le président américain Donald Trump a annoncé qu'il donnait son accord pour le doublement des taxes à l'importation sur l'acier et l'aluminium turcs, envoyant la livre turque par le fond.

Outre ces problèmes diplomatiques, les économistes s'inquiètent de la mainmise sur l'économie de M. Erdogan qui s'est renforcée après sa réélection en juin dernier.

Pas sans aide Les marchés exhortent la banque centrale à relever davantage ses taux d'intérêt pour soutenir la livre et maîtriser une inflation galopante qui a atteint près de 16 % en juillet en glissement annuel, mais le président s'y oppose. Avec une économie surchauffée et endettée, la Turquie aura besoin de politiques économiques crédibles et orthodoxes, de discipline budgétaire et de l'indépendance de la banque centrale pour inverser la situation actuelle", a expliqué à l'AFP Agathe Demarais, de l'Economist Intelligence Unit, jugeant " peu probable " une normalisation dans l'immédiat des relations avec Washington". En dépit de l'ampleur de cette crise monétaire, les principaux journaux et les chaînes d'information en Turquie couvrent a minima les tourments de la livre et reprennent en chœur les éléments de langage de M. Erdogan, qui a traité les internautes ciblés par le ministère turc de l'Intérieur de " terroristes économiques ". "Touché, coulé, il n'y a rien de tel. Les dynamiques économiques de la Turquie sont solides, elles sont fortes et bien ancrées", a martelé le chef de l'Etat turc.

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