Le Pérou comptera bientôt un demi-million de réfugiés — Crise au Venezuela

Xavier Trudeau
Août 24, 2018

De nombreux Vénézuéliens tentent de traverser le territoire à pied, vers le Pérou, la Bolivie, le Chili ou l'Argentine.

A partir de samedi, le Pérou va exiger des ressortissants vénézuéliens un passeport, alors que jusqu'à présent une simple carte d'identité suffisait. "Certains se trouvaient déjà dans le pays avant (que Quito n'exige un) passeport et évidemment il faut les transporter", a expliqué le ministre de l'Intérieur.

Les deux agences de l'ONU ont cité notamment les nouvelles exigences en matière de passeports et d'entrée aux frontières de l'Equateur et du Pérou, ainsi que des modifications apportées aux permis de séjour temporaire des Vénézuéliens au Pérou.

Le rythme des arrivées à la frontière péruvienne, jusqu'ici de 2500 à 3000 réfugiés par jour, selon les services d'immigration, devrait s'accélérer. Le Pérou, qui enregistre une croissance économique parmi les plus élevées de la région, s'attend à accueillir 100 000 réfugiés vénézuéliens dans les prochaines semaines, ce qui portera leur total à un demi-million. Partis du Venezuela début août, ils ont accéléré le pas pour atteindre la frontière avant ce week-end.

Dans cette zone au climat tropical entourée de plantations de bananes, des représentants de l'église catholique leur répartissaient de la nourriture.

"Justement, je suis arrivé juste à temps pour pouvoir entrer", confie soulagée Angeli Vergara, une secrétaire de 22 ans.

La décision péruvienne revient à fermer la porte au nez de nombre d'entre eux, car obtenir un passeport au Venezuela est devenu très long et compliqué en raison de la crise économique qui a conduit à une pénurie de produits alimentaires, de médicaments et même de papier.

Les personnes recherchées " seront mises à la disposition de la justice", a ajouté Mauro Medina, qui n'a pas précisé si cela signifiait qu'elles seraient renvoyées au Venezuela.

"Personne ne parle de fermer la frontière, il s'agit d'exercer un meilleur contrôle migratoire pour des raisons de sécurité". Les réfugiés seront transportés en bus à travers le pays sud-amérindien, jusqu'à la frontière avec le Pérou, et escortés par la police sur les 800 kilomètres qui séparent le nord du sud de l'Equateur, a indiqué le ministre de l'Intérieur Mauro Toscanini.

Pour protester contre "le manque de volonté" de Caracas de régler la crise migratoire, Quito a annoncé jeudi son retrait de l'Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA), une union régionale créée en 2004 à l'initiative du Venezuela et de Cuba.

Les Vénézuéliens sont étranglés par la crise économique: l'inflation pourrait atteindre 1 000 000% fin 2018 selon le Fonds monétaire international, et le PIB devrait s'effondrer de 18%.

L'exode de Vénézuéliens et de Nicaraguayens fuyant leur pays en crise met toute la région sous tension, comme l'ont montré les violences du week-end dernier à la frontière brésilienne.

Signe de l'inquiétude des autorités, l'Equateur a invité les ministres des Affaires étrangères de 13 Etats de la région, dont le Venezuela, à une réunion les 17 et 18 septembre sur ce sujet.

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