Les marchés financiers paralysés par l'effondrement de la livre turque

Xavier Trudeau
Août 10, 2018

Les relations entre Ankara et Washington se sont tendues ces derniers jours avec le placement en résidence surveillée d'un pasteur évangéliste américain, Andrew Brunson, soupçonné de terrorisme par les autorités turques.

La devise turque a brièvement franchi dans la matinée et pour la première fois la barre de 6 livres pour un dollar, après avoir perdu quelque 12% de sa valeur.

Touchée de plein fouet par cette crise diplomatique et par les inquiétudes face à d'éventuelles répercussions sur des banques européennes, la livre turque a chuté vendredi à un plus bas historique, enregistrant une baisse de 19% face au dollar sur la journée.

Ces tensions diplomatiques ne sont pas étrangères à l'épisode de turbulences que connaît le cours de la libre turque, mais les marchés s'inquiètent plus généralement de la politique économique du président Recep Tayyip Erdogan, qui se targue d'être "l'ennemi des taux d'intérêts", refusant de rehausser ceux-ci, comme le lui conseillent de nombreux économistes, afin d'endiguer l'inflation galopante qui a atteint 16% en juillet en rythme annuel.

La chute de la livre vendredi "montre que les investisseurs sont de plus en plus inquiets de l'imminence d'une crise monétaire totale", souligne dans une note David Cheetham, analyste chez XTB.

Donald Trump a annoncé vendredi avoir "autorisé un doublement des droits de douane sur l'acier et l'aluminium par rapport à la Turquie". La livre turque, dont la valeur a fondu de plus d'un tiers face au dollar et à l'euro depuis le début de l'année, avait déjà cédé plus de 5% face au billet vert la veille. "C'est une lutte nationale", a lancé M. Erdogan dans un discours à Bayburt (nord-est).

"S'ils ont des dollars, nous, nous avons notre peuple, nous avons le droit et nous avons Allah!".

La défiance des investisseurs à l'égard des banques s'est accélérée vendredi après que le Financial Times a révélé les inquiétudes de la Banque centrale européenne sur l'exposition de certains établissements à la Turquie.

La bérézina de la livre turque a eu un impact au-delà des frontières et fait chuter les titres de plusieurs banques européennes et conduit Wall Street à ouvrir en baisse, illustrant la crainte d'une contagion à l'économie mondiale.

La chute du livre turque a bien pesé sur le secteur bancaire.

Depuis sa nomination à ce poste après la réélection de M. Erdogan en juin, M. Albayrak s'est efforcé sans succès d'apaiser les marchés qui voient d'un mauvais oeil la mainmise croissante sur les affaires économiques du président.

Nombre d'économistes estiment qu'il faudrait une hausse massive des taux de la banque centrale pour réguler l'inflation et soutenir la livre, mais M. Erdogan y est fortement hostile.

L'agonie de la livre turque cette semaine n'a quasiment pas été traitée par les principales chaînes de télévision et les journaux à grand tirage, pour la plupart contrôlés par le pouvoir.

D'autres rapports CampDesrEcrues

Discuter de cet article

SUIVRE NOTRE JOURNAL