L'ONU appelle à une enquête "crédible" sur un raid aérien meurtrier — Yémen

Claudine Rigal
Août 12, 2018

La ville de Dahyan au Yémen tente vendredi de faire face après la mort de 29 enfants tués dans une frappe aérienne contre un bus sur un marché, un carnage qui doit faire l'objet d'une enquête "indépendante" et "rapide" ont réclamé l'ONU et les États-Unis.

Les miliciens chiites ont tiré un missile à courte portée contre un camp militaire soutenu par la coalition sous commandement saoudien au sud de Marib.

Le Conseil de sécurité n'a pas ordonné le lancement d'une enquête séparée, mais "va maintenant discuter avec l'ONU et d'autres pour voir comment l'enquête peut avancer au mieux", a précisé Mme Pierce. Un espoir qui est donc resté vain, au grand dam de l'ONG Human Rights Watch (HRW): "La triste vérité est que l'on a donné aux Saoudiens l'opportunité d'enquêter eux-mêmes et les résultats sont risibles".

Sur le site de l'attaque, des restes humains ainsi que des objets personnels ayant appartenu aux enfants, sont encore visibles, selon un vidéaste de l'AFP, tandis que les hôpitaux luttent pour soigner les nombreux blessés. Le bus bleu et blanc qui transportait les écoliers apparaît lui entièrement déchiqueté. "(.) Leurs mères m'ont dit qu'ils n'avaient pas fermé l'oeil de la nuit tellement ils étaient heureux de participer à cette sortie scolaire", a affirmé à l'AFP Yahya Hussein, un des enseignants.

Les funérailles doivent avoir lieu "plus tard", a indiqué à l'AFP Yahya Shahem, un responsable du ministère de la Santé à Saada, dans le nord du Yémen sans préciser de date.

48 blessés dont 30 enfants ont également été admis à l'hôpital du CICR.

La coalition a annoncé "l'ouverture immédiate d'une enquête" à la suite d'informations concernant "une opération des forces de la coalition dans la province de Saada jeudi et d'un bus de passagers ayant subi des dommages collatéraux". "Nous appelons toutes les parties à prendre les mesures adéquates pour protéger les civils". "Nous avons vu les images des enfants qui sont morts", avait déclaré à la presse la représentante permanente-adjointe des Pays-Bas à l'ONU, Lise Gregoire-van Haaren quelques minutes avant la réunion. "Ce qui est crucial maintenant, c'est d'avoir une enquête crédible et indépendante", avait-elle ajouté, laissant clairement entendre que la décision de la coalition arabe de lancer une investigation était insuffisante.

De son côté, la France a "condamné" la frappe aérienne et a déclaré soutenir "l'appel du secrétaire général de l'ONU à l'ouverture d'une enquête".

A Dahyan, le "ministre" de la Santé Houthi, Taha el-Moutawakel, a indiqué à la presse que "51 personnes avaient été tuées, dont 40 enfants" et 79 blessés dont 56 enfants, dénonçant "un crime horrible" qu'il a attribué à la coalition.

"Nous manquons de sang" a déploré de son côté Jamil Al-Fareh, un médecin urgentiste à l'hôpital de la ville de Saada.

Par le passé, cette coalition a été accusée de plusieurs "bavures" contre des civils. "(.) Est-ce que le monde a vraiment besoin de voir davantage d'enfants innocents tués pour arrêter la guerre cruelle au Yémen?", a réagi le directeur du Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) pour le Moyen-Orient, Geert Cappelaere. Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a appelé à "une enquête rapide et indépendante", tout comme de nombreuses organisations internationales qui n'ont cessé de dénoncer l'intervention saoudienne contre les Houthis, sous prétexte de restituer l'ordre institutionnel à Sanaa.

Les rebelles, issus de la minorité zaïdite (une branche du chiisme) sont soutenus par l'Iran mais Téhéran conteste leur fournir un appui militaire. Les victimes de ce carnage sont âgées de moins de 15 ans, et les photos circulant sur les réseaux sociaux et les chaînes de télévision ne peuvent susciter qu'une aggravation de la guerre dans ce pays, le plus pauvre de la Péninsule arabique mais dont la position stratégique suscite la convoitise du voisin saoudien et de son allié émirati.

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