Réaction du Canada à l'expulsion de son ambassadeur de l'Arabie saoudite

Claudine Rigal
Août 8, 2018

Les tensions entre les deux pays ont éclaté après des déclarations sur Twitter de l'ambassade canadienne, qui s'est dite vendredi "gravement préoccupée" par une nouvelle vague d'arrestations de militants des droits de l'Homme et d'activistes féministes dans le royaume. Cette dernière explique que cette décision sera encore plus dévastatrice pour les étudiants visés. Le reste du monde ne peut pas se voiler la face alors que " la lutte acharnée contre les défenseurs des droits de l'homme se poursuit en Arabie saoudite ", a déclaré l'ONG Amnesty International, appelant d'autres gouvernements à se joindre au Canada pour obtenir " la libération inconditionnelle et immédiate de tous les prisonniers de conscience ". Le message est clair: le royaume ne tolère plus les critiques sur son non- respect des droits de l'homme.

Le royaume a annoncé lundi, à la surprise générale, l'expulsion sous 24 heures de l'ambassadeur canadien à Riyad, le rappel de son propre représentant au Canada et le gel des relations commerciales entre les deux pays.

Face à la fermeté canadienne, Riyad a une nouvelle fois haussé le ton et annoncé de nouvelles mesures: suspension des bourses universitaires pour ses ressortissants au Canada et transfert des étudiants vers d'autres pays.

La faute commise par le Canada? Le 30 juillet dernier, Samar Badaoui et Nassima el-Sadah, deux militantes des droits des femmes ont été arrêtées par l'agence saoudienne de la Sûreté de l'État. Parmi elles se trouve notamment Samar Badawi, la sœur du militant des droits de l'homme Raif Badawi, lequel est détenu depuis 2012 pour avoir critiqué sur son blog le manque de liberté dans son pays. Son épouse et ses enfants vivent au Québec depuis l'automne 2013. En cause: les critiques du Canada concernant la politique saoudienne en matière de droits de l'homme.

Commercialement, la rupture n'est, à ce stade, pas très douloureuse pour le Canada et encore moins pour l'Arabie saoudite.

Le Canada subit les foudres diplomatiques de l'Arabie saoudite depuis qu'Ottawa a demandé à Riyad de "libérer immédiatement" des femmes et des intellectuels qu'il a emprisonnés la semaine dernière.

"Il y a certaines choses dont nous choisissons de discuter en privé avec nos partenaires et nos alliés", a-t-elle dit. "Nous cherchons à en savoir plus sur la récente déclaration du royaume", a déclaré la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Marie-Pier Baril.

Ce qui serait vraiment douloureux pour Ottawa, ce serait que le royaume annule maintenant le gros contrat militaire de 15 milliards de dollars conclu en 2014 pour l'achat de véhicules blindés légers canadiens, de systèmes d'armes associés, de pièces de rechange et de maintenance technique.

Des partisans de cette politique saoudienne ont cependant été très loin sur les réseaux sociaux: un compte Twitter pro-gouvernemental a fait scandale en publiant -avant son retrait rapide- un photomontage rappelant les attentats du 11-Septembre, avec un avion fonçant vers un gratte-ciel de Toronto.

L'attitude du royaume illustre les limites des réformes que mène le prince héritier Mohamed ben Salman, qui s'est lancé dans un mouvement en faveur du changement social et économique sans pour autant relâcher le contrôle sur le militantisme politique. La guerre menée au Yémen par une coalition arabe à direction saoudienne contre les rebelles houthis soutenus par l'Iran, l'embargo contre le Qatar, la brève réclusion du Premier ministre libanais Saad Hariri à Riyad en novembre 2017, et même la détention pendant plusieurs mois dans un hôtel de luxe de la capitale saoudienne de dizaines de princes, ministres et hommes d'affaires saoudiens accusés de corruption, tous ces épisodes ont mis au jour les méthodes musclées du prince héritier, nommé en juin 2017 comme dauphin de son père, le roi Salmane.

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