Rohani juge "insensé" des négociations à l'ombre des sanctions américaines

Claudine Rigal
Août 7, 2018

Le secrétaire d'État américain, Mike Pompeo, a promis que les États-Unis "feraient respecter les sanctions", dont la première vague entrera en vigueur mardi. "Ou est-ce qu'il ne fait que faire l'intéressant?", a répondu le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif. Principal signe de la crise: le rial iranien a plongé, perdant près des deux tiers de sa valeur en six mois.

Mais M. Trump, qui a adopté une attitude très hostile envers l'Iran depuis son arrivée au pouvoir, veut "intensifier la pression sur Téhéran pour qu'il change de comportement". Une législation spécifique en ce sens entrera en vigueur mardi.

Le vice-gouverneur, Ahmad Araghchi, été arrêté avec d'autres responsables ainsi que quatre cambistes accusés de spéculation, a indiqué le porte-parole de l'autorité judiciaire, Gholam-Hossein Mohseni Ejeie, dans une déclaration à la radio-télévision d'Etat IRIB.

Des initiatives qui semblent avoir apaisé les marchés: lundi la monnaie locale s'est redressée et s'échangeait à 95 500 rials pour un dollar, contre 119 000 pour un dollar, la semaine dernière, son cours le plus bas.

Mais dimanche soir, la tension semblait encore vive à Karaj, une ville à l'ouest de Téhéran frappée de récents troubles. Des journalistes ont constaté une forte présence de policiers antiémeutes.

Des manifestations avaient aussi eu lieu dans les villes de Chiraz, d'Ahvaz, de Machhad, motivées par un mécontentement face à la situation économique détériorée, à la classe politique, mais aussi au manque d'eau causé par la sécheresse.

"Ouvert à un accord plus global".

Mais de sévères restrictions imposées à la presse ont rendu impossible de vérifier de source indépendante l'ampleur de ces protestations et les images circulant sur les réseaux sociaux. L'accès des téléphones portables à internet a été coupé dans la région.

Les opposants conservateurs du président Hassan Rohani, un modéré, reprochent à son gouvernement de ne pas lutter suffisamment contre la corruption et d'échouer à relancer l'économie. M. Trump critique fortement cet accord alors que les Iraniens le défendent bec et ongles. De mauvais résultats qui devraient s'aggraver avec les sanctions: "c'est l'objectif des Etats-Unis, très probablement, estime Fereydoun Khavand. Mais cela vient aussi de la mauvaise gouvernance, de la corruption et de la très mauvaise gestion de l'économie iranienne depuis une quarantaine d'années". Dans son dernier rapport en mai, l'Agence internationale de l'énergie atomique avait attesté que l'Iran continuait de respecter ses engagements.

Toutefois la semaine dernière, M. Trump a créé la surprise en affirmant être prêt à rencontrer les dirigeants iraniens "quand ils veulent".

Les mesures de la seconde phase, qui seront mises en place le 4 novembre prochain, toucheront quant à elles les exportations dans le secteur pétrolier et gazier, les transactions entre la Banque centrale iranienne et les institutions financières américaines, ainsi que les prestations d'assurances, les services de messagerie financière, les opérateurs portuaires, le transport maritime et les chantiers navals en Iran. Toute personne vendant ou achetant certains biens (dollars, or, métaux, logiciels, charbon, pièce automobile ou d'aviation) à un opérateur iranien encourt désormais les foudres des Etats-Unis. Une ouverture qui a laissé le régime iranien de marbre: "Est-ce que vous pensez que cette personne (Trump) est une personne avec laquelle on peut négocier?"

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