Rome en guerre contre la société autoroutière gestionnaire — Pont effondré

Xavier Trudeau
Août 17, 2018

Le bilan officiel provisoire du drame est toujours de 38 morts et 15 blessés. "Il y a quelqu'un? Il y a quelqu'un?", pouvait-on entendre crier un pompier, une angoisse dans la voix, dans une cavité creusée au milieu d'un amas de pierres, de béton et de ferraille, sur une vidéo. Mercredi, le gouvernement a décrété l'état d'urgence pour un an à Gênes, ce qui offre un cadre normatif pour la gestion du site et l'assistance aux plus de 630 personnes évacuées et dont les habitations, en contrebas de ce qui reste du pont, sont condamnées.

L'Italie observera samedi une journée de deuil national, à l'occasion d'une cérémonie de funérailles solennelles dans la matinée à la Fiera de Gênes, un centre d'expositions.

Cette cérémonie officielle s'annonce toutefois compliquée pour les institutions italiennes: selon un comptage, noms à l'appui, du journal La Stampa, les familles d'au moins 17 des 38 personnes ayant péri dans la catastrophe survenue mardi préfèrent s'abstenir.

Une partie des débris ont été enlevés du lit de la rivière Polcevera, mais aussi des voies ferrées situées directement sous le pont effondré, indique la préfecture.

La féroce controverse entre le gouvernement italien et la société autoroutière gestionnaire de l'ouvrage, Autostrade per l'Italia, occupe tout le terrain médiatique.

"Nous ne pouvons pas attendre la justice pénale", a estimé le chef du gouvernement, Giuseppe Conte.

Mercredi soir, Autostrade per l'Italia s'était déclarée "confiante de pouvoir démontrer avoir toujours respecté correctement ses obligations de concessionnaire".

"Il y a tant de colère face à cette tragédie annoncée", a expliqué le vice-Premier ministre Luigi Di Maio, chef de file du Mouvement 5 étoiles (M5S, populiste). "Autostrade avait le devoir et l'obligation, l'engagement, d'assurer l'entretien de ce viaduc et la sécurité de tous ceux qui voyageaient dessus".

À l'origine de cet écœurement général, le ministre de l'Intérieur italien Matteo Salvini, chef de file du parti d'extrême-droite.

Le groupe Atlantia, contrôlé par la famille Benetton et dont Autostrade per l'Italia est une filiale, a fait valoir jeudi matin dans un communiqué que cette annonce avait été "faite en l'absence de toute contestation spécifique" et "de toute certitude sur les causes effectives" du drame. La holding de Benetton, Edizione (actionnaire de référence), a exprimé sa proximité aux familles jeudi et indiqué qu'elle fera tout pour pointer du doigt les responsabilités dans ce drame.

La société a aussi assuré travailler "d'arrache-pied" à la reconstruction du pont, qui devrait "être achevé dans les cinq mois" une fois le site accessible après la fin des recherches et des relevés d'enquête. Le groupe a prévenu que la révocation coûterait cher en indemnités à l'État.

Alors que le championnat de football doit reprendre ce week-end, les matches prévus pour dimanche de la Sampdoria et du Genoa, les deux équipes de Gênes, ont été reportés à une date ultérieure. Des milliards d'euros, selon des médias italiens. L'UE dans le viseur du gouvernement Autre cible du gouvernement italien: "l'Union européenne et sa politique d'austérité, accusée d'empêcher les investissements".

La Commission européenne a réagi en disant avoir encouragé l'Italie à investir dans ses infrastructures et en rappelant que les Etats membres étaient "libres de fixer" leurs priorités.

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