Toujours en prison, Lula investi à la Présidentielle — Brésil

Claudine Rigal
Août 6, 2018

Lula a beau purger une peine de 12 ans et un mois de prison pour corruption, il demeure largement en tête des intentions de vote au premier tour.

La candidature de l'ancien dirigeant brésilien pour un troisième mandat est une manière "d'affronter un système pourri", a défendu Gleisi Hoffmann, la présidente du Parti des Travailleurs, samedi.

"Cette réunion nationale de PT [Parti des Travailleurs] pourrait être l'une des plus importantes de l'histoire de notre parti [.] La décision d'aujourd'hui nous mènera à une lutte acharnée pour la démocratie, pour le peuple brésilien et pour le Brésil", a notamment écrit celui qui constitue encore, pour nombre de Brésiliens, une figure emblématique de la gauche latino-américaine. "Ils veulent inventer une démocratie sans peuple".

Dans la salle, 2.000 militants excités, certains arborant des masques en carton à son effigie, criant: "Je suis Lula". Loin de là. Du fond de sa cellule, Lula reste le personnage principal du spectacle électoral brésilien.

Bien que le parti se défende "du moins ouvertement" de préparer un plan B, en coulisses personne n'ignore que la candidature de Lula sera vraisemblablement invalidée par la justice électorale.

Cette journée était un "super samedi" électoral au Brésil, trois candidats de poids étant nommés officiellement par leurs partis, un jour avant la date limite des conventions, sortes de grands meetings qui permettent aux formations d'adouber leurs champions devant les militants. En vertu d'une loi baptisée "Ficha Limpa" (casier vierge), les candidats ayant été condamnés en appel pour corruption en sont exclus. L'écologiste Marina Silva a été intronisée par le parti Rede (centre-gauche), à Brasilia, dans une salle peuplée de militants vêtus de t-shirts verts. "Il n'y a pas de plan B", affirme cependant Paulo Henrique Barbosa Mateus, chômeur de 27, ans, lors de la convention du PT. "La situation est imprévisible".

Présidentielle du Brésil – Lula est « inéligible », c'est un fait évident…, dixit le Président du Tribunal Supérieur Électoral (TSE) :
«Je suis présent à travers chacun de vous» : depuis sa cellule, Lula se lance pour la présidentielle

A Brasilia, Geraldo Alckmin a été accueilli par environ mille militants aux cris de "Brésil, en avant, Alckmin président".

"Je suis candidat en quête d'un mandat qu'on peut résumer en une phrase: nous allons changer le Brésil et rendre au Brésil la dignité qui lui a été volée", a affirmé le candidat de centre-droit.

Cette fois, il a décidé de brasser large, tissant une alliance avec plusieurs partis du centre.

De son côté, Marina Silva a déjà choisi son colistier, un autre écologiste, Eduardo Jorge, du Parti Vert (PV), qui avait obtenu seulement 0,61% des voix au premier tour de la présidentielle de 2014. L'ex-gouverneur de Sao Paulo a également choisi pour son ticket, en tant que vice-présidente, la sénatrice Ana Amélia Lemos, censée lui permettre d'attirer un électorat plus conservateur qui penche actuellement pour Jair Bolsonaro, sulfureux député d'extrême droite favori du premier tour dans un scénario sans Lula.

Le leader du parti des Travailleurs (PT, gauche), qui a gouverné le Brésil de 2003 à 2010, se dit innocent et victime d'un complot pour l'empêcher de se présenter à l'élection présidentielle d'octobre, pour laquelle il est crédité, selon les sondages, de 30% des voix.

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