Deux condamnations et un acquittement — Procès Méric

Pierre Vaugeois
Septembre 15, 2018

Esteban Morillo et Samuel Dufour, deux ex-skinheads de 25 ans, jugés aux assises de Paris pour des coups mortels portés à l'antifasciste Clément Méric en 2013, ont écopé respectivement de peines de 11 et 7 ans de prison ce vendredi.

Jeudi, l'avocat général Rémi Crosson du Cormier a demandé la peine la plus lourde, 12 ans de prison, à l'encontre d'Esteban Morillo, qui a reconnu être l'auteur des coups fatals à Clément Méric et encourait jusqu'à 20 ans de réclusion pour "coups mortels portés en réunion et avec une arme".

Les avocats des deux condamnés ont aussitôt annoncé qu'ils allaient faire appel.

Le 5 juin 2013, Clément Méric succombait à des coups reçus lors d'un affrontement avec des skinheads en plein cœur de Paris, en marge d'une vente privée de la marque Fred Perry. Sept ans ont été requis contre Samuel Dufour, porteur d'une "arme" - poing américain ou bagues -, et une peine de quatre ans, dont deux avec sursis, contre Alexandre Eyraud, arrivé plus tard, mais dont la seule présence a favorisé "l'action collective". Leur acolyte Alexandre Eyraud, poursuivi pour violences en réunion, est quant à lui acquitté.

La mort du jeune homme choque l'opinion et fait ressurgir le spectre des violences d'extrême droite. Le gouvernement dissout plusieurs groupuscules d'ultradroite, notamment Troisième voie dont étaient proches les accusés. Pour l'avocat général, la "bataille aurait pu être évitée" si les skinheads n'avaient pas choisi, en sortant du showroom, d'aller "droit" sur les jeunes antifascistes qui patientaient dans la rue "à 29 mètres" de là. Clément Méric, qui se remettait d'une leucémie, ne représentait "aucun danger" pour eux.

L'accusation n'a pas cherché à reprendre tous les éléments d'un dossier où témoins et expertises se contredisent, mais s'est attachée, avec succès, à convaincre les jurés du caractère collectif du crime. Alexandre Eyraud, que personne n'a vu donner le moindre coup, essaie "de ne pas être maladroit ": "Je n'ai ni touché M. Méric ni ses amis".

"Je ne me résous pas au gloubi-boulga juridique, avait bondi l'avocat de Samuel Dufour, Antoine Vey. Vous ne pouvez pas condamner Dufour pour ce qu'il n'a pas fait!". Menottes aux poignets, ils ont été amenés par les gendarmes déployés en nombre à l'intérieur et devant le Palais de justice où les soutiens de Clément Méric étaient venus nombreux.

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