Les ambitions de Macron pour les "derniers de cordée" — Pauvreté

Xavier Trudeau
Septembre 13, 2018

"Enrayer les inégalités de destin qui se perpétuent de génération en génération". "Le gouvernement contractualisera avec les départements pour qu'ils préparent mieux la sortie de ces jeunes et puissent être aidés à le faire", a précisé le chef de l'État.

Un plan à 8 milliards d'euros mais surtout une mesure révolutionnaire, au moins dans les termes.

En présentant ce plan lui-même depuis le musée de l'Homme à Paris, le chef de l'Etat veut démontrer l'importance qu'il lui accorde, cinq jours avant la présentation d'une réorganisation du système de santé. La nouveauté: assumer un "changement radical d'approche" pour passer d'une "logique de prestation monétaire" au développement de l'"accompagnement social" dans un pays qui compte près de 9 millions de pauvres, dont 3 millions d'enfants. "C'est un combat de chaque instant pour tenter de survivre", a rappelé le chef de l'Etat en déplorant "l'encerclement, la reproduction à laquelle on ne pourrait échapper".

Lutter contre "la fatalité sociale", contre "le déterminisme social": tel est le fil rouge de ce plan qui veut "prévenir la pauvreté". Fidèle à la métaphore utilisée depuis le début de son quinquennat, invitant "les premiers de cordée" à ne "pas oublier les derniers de cordée", le président de la République a annoncé toute une série de mesures touchant à de nombreux domaines. Accompagné de plusieurs ministres, dont celle des Solidarités Agnès Buzyn, Emmanuel Macron a d'abord entendu les témoignages "de personnes vivant dans la précarité ou ayant réussi à en sortir" interrogées par le délégué interministériel chargé du dossier, Olivier Noblecourt.

"Il n'y a personne qui peut être premier de cordée si le reste de la société ne suit pas". Cette corde, c'est la cohésion d'un pays, c'est nous. Evoquant Saint-Exupéry, un auteur dont sa plume Sylvain Fort est un fin connaisseur, Emmanuel Macron s'est approprié un passage de "Terre des hommes", expliquant qu'un enfant pauvre empêché d'exploiter ses talents, "c'est Mozart qu'on assassine". L'objectif est d'investir socialement sur la petite enfance "avec des effets durables sur toute la vie".

Sur le premier volet, le plan prévoit notamment d'ouvrir davantage les crèches aux enfants de quartiers prioritaires ou défavorisés - via des bonus financiers aux collectivités -, de créer un fonds pour financer des petits-déjeuners dans les écoles prioritaires ou des tarifs sociaux dans les cantines. Elles n'auront plus qu'à assurer 10% du coût de construction. Pour soutenir financièrement les parents, les aides à la garde d'enfant seront versées immédiatement.

L'heure serait-elle au rééquilibrage pour Emmanuel Macron? Les modes de garde de 0 à 3 ans seront réformés en profondeur avec un accompagnement renforcé pour les 600 000 professionnels de la petite enfance dès 2019. Emmanuel Macron annonce qu'il présentera par ailleurs une stratégie contre "l'enfance maltraitée". L'obligation de formation, pour les jeunes, passera en outre de 16 à 18 ans à partir de la rentrée 2020. Développement des offres de formation, nouvelles solutions d'apprentissage. Le chef de l'Etat a ainsi annoncé la création d'un "véritable" service public de l'insertion.

"Nous avons collectivement construit un drame de l'orientation en France", assure par ailleurs Emmanuel Macron qui promet de valoriser certaines filières, en formant davantage les conseillers d'orientation et en développant les stages en entreprise.

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