Polémique atour de François Hollande et des avions Rafale — Inde

Pierre Vaugeois
Septembre 24, 2018

Parler au risque de relancer une crise politique dans la plus grande démocratie du monde.

En septembre 2016, François Hollande a conclu la vente historique à l'Inde de 36 Rafale, les célèbres avions de chasse du groupe français Dassault.

Après la publication de l'interview de François Hollande, l'opposition indienne, qui réclame depuis des mois des explications sur le choix de Reliance au détriment d'Hindustan Aeronautics, la société aéronautique publique qui produit des avions depuis des décennies, pour l'essentiel sous licence russe, a appelé le Premier ministre du pays Narendra Modi à démissionner.

Les industriels étrangers obtenant des contrats d'armement en Inde doivent contractuellement réinvestir une partie des sommes perçues sur le territoire indien.

Le parti du Congrès, principale formation d'opposition, l'accuse d'avoir favorisé dans cette affaire le conglomérat privé d'un industriel présumé d'un de ses proches.

Résultat, Dassault, aidé par le gouvernement français, négociera directement avec le Reliance Group d'Anil Ambani.

"Nous n'avions pas notre mot à dire à ce sujet", a cependant déclaré François Hollande avant d'ajouter: "C'est le gouvernement indien qui a proposé ce groupe de services et Dassault qui a négocié avec Ambani". Il a déclaré au site Mediapart que la France n'avait "pas eu le choix" du partenaire indien du constructeur Dassault, le groupe Reliance.

Des accusations balayées d'un revers de la main par le ministère indien de la Défense qui a, via un communiqué, assuré que la société Dassault Aviations était en charge du choix de l'interlocuteur et que, ni le gouvernement indien, ni le gouvernement français n'ont eu leur mot à dire dans ce choix.

Si François Hollande a pris le risque de contredire le gouvernement indien, c'est en partie parce que son couple est soupçonné d'avoir bénéficié indirectement de cet accord.

M. Hollande use notamment de cet argument pour se défendre de tout possible conflit d'intérêts avec Reliance Group, qui a partiellement financé en 2016 un film de sa compagne Julie Gayet. "C'est pourquoi, par ailleurs, ce groupe n'avait pas à me faire quelque grâce quoi que ce soit. L'ancien président de la République ne pouvait pas ignorer que Julie Gayet était liée au milieu cinématographique [.] donc je pense que c'est un peu étrange qu'il n'ait rien su, qu'il ne se soit douté de rien".

De son côté, Julie Gayet assure à Mediapart que c'est l'entourage de l'acteur Kev Adams qui a servi d'intermédiaire pour introduire la société Reliance Group dans le financement du film.

L'opposition indienne a toutefois interprété les propos de l'ancien président français à sa manière. "Les commentaires de François Hollande déclenchent de nouveaux tirs croisés de Rafale", titre le journal Times of India.

Sur Twitter, le ministère indien de la Défense a "répété que ni le gouvernement indien ni le gouvernement français n'avaient eu leur mot à dire dans cette décision commerciale".

"Le gouvernement français n'est en aucune façon impliqué dans le choix des partenaires industriels indiens qui ont été, sont ou seront sélectionnés par les industriels français", a-t-il ajouté. Version prudente qui conforte les déclarations de François Hollande sans dédouaner pour autant le gouvernement indien.

Ces propos ont forcé le groupe Dassault à réagir, s'évertuant à réaffirmer que son partenariat avec Reliance relève d'un choix industriel libre. "Les autorités françaises n'avaient pas à choisir le partenaire, Dassault s'est retrouvé avec Reliance sans que le gouvernement français ait été consulté (.) Ce sont des partenaires qui se sont choisis eux-mêmes", a-t-il expliqué. Une preuve selon François Hollande que le groupe dirigé par Ambani n'avait pas à faire de "cadeau" à l'ancien président de la République. L'avionneur explique pourtant que le contrat a été "établi de gouvernement à gouvernement".

D'autres rapports CampDesrEcrues

Discuter de cet article

SUIVRE NOTRE JOURNAL