Échec d'un référendum anti mariage gay en raison d'une abstention massive — Roumanie

Claudine Rigal
Octobre 10, 2018

Les Roumains ont boudé les urnes samedi au premier jour d'un référendum controversé visant à graver dans la Constitution l'interdiction du mariage gay.

Une faible participation serait vue comme un revers pour les sociaux-démocrates qui se sont affichés durant la campagne aux côtés de hauts prélats orthodoxes. Début octobre, plusieurs députés européens avaient adressé une lettre à la première ministre roumaine, Viorica Dăncilă, en se disant "consternés" par la tenue d'une consultation "risquant de nuire aux enfants de toutes les familles [.] qui ne relèvent pas de la définition étroite proposée par le référendum".

Le gouvernement pour s'assurer que sa manœuvre passe avait rabaissé de 50% à 30% la participation nécessaire à la validation du référendum.

"Les 19 millions d'électeurs du pays ont jusqu'à dimanche soir pour approuver un changement de la définition du mariage afin que seuls " un homme et une femme " puissent s'unir, et non plus des " époux ", comme le stipule actuellement la loi fondamentale.

"C'est un énorme mensonge et un gaspillage d'argent. On devrait laisser à tout le monde le choix de se marier ou non, sans égard pour l'orientation sexuelle ", a confié à l'AFP Ileana Popescu, une retraitée, après avoir assisté à la messe dominicale à Bucarest.

La puissante Eglise orthodoxe, qui avait appelé par la voix de ses plus hauts prélats, dont le patriarche Daniel, à voter pour "défendre la famille traditionnelle", a regretté lundi l'échec de ce scrutin, tout en estimant avoir "rempli son devoir civique et moral".

Sur le fond, cette consultation ne changeait rien puisque la législation roumaine actuelle n'autorise ni le mariage entre personnes de même sexe, ni l'union civile. Mais une modification constitutionnelle aurait verrouillé davantage cette interdiction.

Le référendum émane d'une "initiative citoyenne", proche de l'Eglise, qui a présenté trois millions de signatures à cet effet.

Dans la capitale, plusieurs bureaux de vote étaient déserts à mi-journée, les rares votants rencontrés par l'AFP étant des retraités.

" L'agressivité qui a marqué la campagne pour le +oui+, la tentative d'instiller la haine contre une minorité ont rendu les Roumains réticents à voter", explique à l'AFP le sociologue Gelu Duminica. La gauche au pouvoir compte sur ce scrutin pour mobiliser la Roumanie rurale et conservatrice, coeur de leur électorat, alors que le parti est en perte de vitesse, accusé de vouloir affaiblir la lutte contre la corruption et de contrôler la justice.

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