Climat : le rapport du GIEC adopté par les États

Claudine Rigal
Octobre 8, 2018

Dans leur rapport, dont le résumé a été approuvé par consensus par les Etats mais ne sera publié que lundi, les scientifiques décrivent, sur la base de 6 000 études, les impacts d'un réchauffement de +1,5°C, un niveau que la Terre pourrait atteindre dès 2030 (2030-2052) faute de réduction massive des émissions de gaz à effet de serre (dont les trois quarts sont aujourd'hui générés par la combustion des énergies fossiles).

Le glacier du Rhône, dans le canton du Valais en Suisse.

"Limiter le réchauffement à 1,5°C est possible dans le cadre des lois de la chimie et de la physique mais pour y parvenir, il faudra des changements sans précédent", a déclaré Jim Skea, co-président du groupe de travail du GIEC.

Les émissions passées et présentes continueront à faire monter les océans, quoi qu'il arrive. Pour Michael Mann, de la Pennsylvania State University, "les modèles de projections ont été exagérément conservateurs, avec une tendance à sous-prévoir les impacts en cours, dont la perte de banquise en Arctique, de glace au Groenland ou en Antarctique ouest, et donc la montée des mers en résultant". À 2°C, ce sera un été par décennie.

Le niveau des mers, si l'on s'en tient à +1,5°C, aura gagné 26 à 77 centimètres d'ici 2100. À +2 °C, ce serait 10 cm de plus, ce qui toucherait jusqu'à 10 millions de personnes supplémentaires. Si le réchauffement atteint +1,5°C, il aura des impacts irréversibles sur certaines espèces animales ou végétales, comme les coraux, la toundra et la forêt boréale.

Le président du Giec Lee Hoe-sung explique le Rapport spécial 1,5°C lors d'une conférence de presse
Le président du Giec Lee Hoe-sung explique le Rapport spécial 1,5°C lors d'une conférence de presse

Une augmentation de 1,5 limiterait l'acidification de l'océan (liée aux concentrations accrues de CO2), qui menace la survie d'espèces (poissons, algues, etc.) et, avec elle, les services que la nature rend à l'homme (pêche, pharmacopée.). La baisse de productivité du maïs, du riz ou du blé sera plus limitée à +1,5° qu'à 2, de l'Asie du sud-est à l'Amérique latine, dit encore le rapport.

Tenir les 1,5°C requerrait que les émissions mondiales nettes de dioxyde de carbone d'origine humaine chutent de 45% environ en 2030 par rapport à 2010 puis tombent à "zéro net" d'ici 2050 (ce qui impliquerait que tout rejet de CO2 devrait alors être compensé par une destruction du CO2 dans l'atmosphère). Ce surplus de CO2 devra être pompé (ce sont des " émissions négatives ").

Les autres GES (méthane, HFC, carbone, suie.) seront à réduire aussi, bien que moins prioritaires que le CO2, car moins persistants. Rester à 1,5 degré demandera "une transition rapide et de grande portée", d'une ampleur "sans précédent", écrivent les scientifiques.

Dépasser le seuil de +1,5, pour faire redescendre le mercure plus tard au cours du siècle a été envisagé par les experts du Giec. L'industrie devra réduire ses émissions de CO2 de 75-90% d'ici 2050 par rapport à 2010 (comparé à 50-80% pour 2°C), les transports passer aux énergies bas carbone (35-65% en 2050 contre moins de 5% en 2020).

Selon le rapport, quelque 2.400 milliards de dollars d'investissements annuels seront nécessaires entre 2016 et 2035 pour la transformation des systèmes énergétiques, soit 2,5% du PIB mondial. Si le coût paraît élevé, les scientifiques soulignent que le prix à payer de l'inaction serait bien plus terrible.

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