Le Canada légalise le cannabis dans l'euphorie

Xavier Trudeau
Octobre 21, 2018

Après quasiment un siècle de prohibition, le Canada est devenu mercredi le premier pays du G20 à légaliser le cannabis récréatif, une réforme historique attendue à travers le pays tant par les consommateurs de cette drogue douce que par les marchés boursiers, euphoriques.

Au Québec, où les boutiques d'Etat de la Société québécoise du cannabis (SQDC) ont ouvert leurs portes à 10H00 (14H00 GMT), les premiers clients sont arrivés au milieu de la nuit.

Pour Justin Trudeau, l'un des objectifs fondamentaux de la légalisation du cannabis est précisément de déplacer du marché illicite vers le marché licite la vente de la substance. "Il gèle dehors, mais je n'ai pas froid".

À minuit, des centaines de clients faisaient le pied de grue devant un détaillant privé de la rue Water, la principale artère commerciale de la capitale de Terre-Neuve-et-Labrador.

La première journée de légalisation du cannabis, mercredi, a été saluée par des milliers d'amateurs qui ont patienté pendant des heures, de l'Atlantique au Pacifique, pour pouvoir acheter leur premier paquet de marijuana 'légale'.

"Quand je travaillais, j'étais professeur et je devais être sérieux, maintenant j'aime la vie", explique Denis, sourire aux lèvres, aux nombreux journalistes venus couvrir l'événement. Plusieurs d'entre eux ont apporté des chaises pliantes et tuaient le temps en... fumant un joint.

Cannabis légalisé au Canada l’euphorie des premiers acheteurs
Le Canada légalise le cannabis, les premiers clients sur un nuage

Le gouvernement a voulu permettre à chaque province d'organiser le commerce de l'herbe, évalué à environ 6 milliards de dollars canadiens (4 milliards d'euros) par an.

L'opposition conservatrice au Parlement d'Ottawa a multiplié les attaques ces derniers jours contre cette mesure qui, selon les adversaires de M. Trudeau mais aussi selon des médecins, a été précipitée et a occulté plusieurs dangers pour la santé et la sécurité publiques.

AFP Son gouvernement pourrait annoncer dès mercredi un projet visant à amnistier, au cas par cas, les peines pour détention de petites quantités de cannabis prononcées peu avant la légalisation, selon les médias. Mais désormais Premier ministre, il affirme avoir renoncé aux pétards: "Je ne bois pas beaucoup d'alcool".

La date du 17 octobre 2018 a donc été fêtée comme il se doit dans plusieurs villes, notamment à Toronto et à Montréal, mais aussi à la Bourse de Toronto où des milliards de dollars ont été investis dans ce nouveau marché très lucratif.

L'agence Statistique Canada évaluait le marché national du cannabis en 2017 à 5,6 milliards de dollars canadiens, avec une augmentation annoncée d'au moins 20% à la mise en oeuvre de la nouvelle loi.

Pour l'heure, les quelque 120 producteurs autorisés par le gouvernement canadien à produire du cannabis ne pourront combler que 30% à 60% de la demande, estimait la semaine dernière l'institut indépendant d'analyse économique C. D. Howe. Ils ne vont pas disparaître tranquillement du jour au lendemain. Mais pour Bill Blair, ministre chargé de la Réduction du crime organisé, il est envisageable de ravir 25% du marché noir d'ici la fin 2018 et environ la moitié d'ici un an. "Je n'atteindrai pas jusqu'à 21 ans pour retourner en acheter dans une boutique de la SQDC", prévient-il en rappelant qu'il peut toujours "aller voir" ses amis du marché noir.

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