Le pasteur américain Brunson remis en liberté — Turquie

Claudine Rigal
Octobre 13, 2018

Le tribunal a en outre accédé aux demandes du parquet de lever l'assignation à résidence et l'interdiction de quitter la Turquie imposées au pasteur américain Andrew Brunson, qui pourra ainsi quitter ce pays. Le tribunal a condamné le pasteur à trois ans et un mois de prison mais l'a remis en liberté en tenant compte du temps qu'il a déjà passé en prison et de son comportement pendant son procès.

Après un an et demi de détention et plus de deux mois en résidence surveillée, Andrew Brunson a été reconnu coupable de soutien à des "organisations terroristes", en l'occurrence les séparatistes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et le réseau de Fethullah Gülen, le prédicateur accusé par Ankara d'avoir orchestré le putsch manqué de juillet 2016. "J'aime Jésus, j'aime la Turquie", a notamment affirmé, pendant l'audience, le pasteur, portant un costume sombre sur une chemise blanche.

Au terme d'une longue détention et après une brève escale en Allemagne, l'homme d'église et son épouse Norine ont atterri peu après midi (16H00 GMT) à la base aérienne d'Andrews.

Selon un diplomate occidental, alors que les Turcs sont dans une situation délicate face au risque d'une bataille d'envergure à Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie frontalier de la Turquie, les Américains rechignaient à afficher leur soutien diplomatique en attendant la libération du pasteur, de peur de relâcher la pression.

"C'est un grand chrétien qui a vécu une expérience tellement difficile", a ajouté le président des Etats-Unis, qui avait fait de sa libération une priorité et peut donc savourer une victoire qui devrait satisfaire la partie évangélique de son électorat, à moins d'un mois d'élections législatives délicates pour son camp républicain.

Le pasteur américain Andrew Brunson est arrivé ce samedi à Washington au lendemain de sa libération par la justice turque, a annoncé le président d'une organisation chrétienne, le Family Research Council, qui l'accompagnait.

Des accusations rejetées en bloc par cet homme de 50 ans, qui dirigeait une petite église protestante d'Izmir.

La crise diplomatique alimentée par cette affaire entre les deux alliés au sein de l'Otan a provoqué un effondrement de la livre en août et exposé les fragilités de l'économique turque.

Washington avait haussé le ton cet été et imposé une série de sanctions à la Turquie.

Pour autant, les contentieux ne sont pas tous dissipés entre les deux pays, dont l'alliance a notamment été mise à rude épreuve ces derniers mois par le conflit syrien.

Outre le cas de Brunson, les États-Unis dénoncent aussi l'incarcération de plusieurs Américains en Turquie, dont Serkan Gölge, un scientifique de la Nasa, ainsi que de deux employés turcs de missions diplomatiques américaines.

Un autre dossier qui nourrit les tensions entre les deux pays est celui de la banque publique turque Halkbank, dont l'ex-directeur général adjoint Mehmet Hakan Atilla a été condamné en mai aux Etats-Unis à 32 mois de prison après avoir été reconnu coupable de contournement des sanctions américaines contre l'Iran.

Une amende colossale pourrait être infligée à Halkbank, une perspective qui inquiète le pouvoir turc, qui selon des informations de presse, souhaite parvenir à un compromis sur ce dossier dans le cadre d'un éventuel marché impliquant la libération d'Andrew Brunson.

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