Les électeurs veulent "du changement" — Présidentielle au Brésil

Claudine Rigal
Octobre 8, 2018

Les Brésiliens sont appelés aux urnes ce dimanche pour élire leur futur président.

Pour nombre d'entre eux, le candidat de l'extrême droite, Jair Bolsonaro, 63 ans, est apparu comme l'homme de la situation.

Celui qui caracolait en tête des intentions de vote depuis des semaines et se disait convaincu d'être élu président dès le 1er tour a recueilli 46,46 % des voix, selon des résultats quasi-définitifs (98% des bulletins dépouillés) publiés dans la soirée.

"Le Brésil veut du changement", a déclaré à l'AFP Roseli Milhomem, dans un bureau du centre de Brasilia, où elle a voté pour l'ex-militaire.

Un scénario qui fait trembler les démocrates dans le grand pays latino-américain, mais que certains analystes n'excluent plus.

Ex-capitaine de l'armée, Jair Bolsonaro, devenu un phénomène électoral depuis qu'il a frôlé la mort dans un attentat le 6 septembre, a voté en début de matinée à Rio. "Les dés sont jetés, il ne faut pas se voiler la face".

"Ca serait une catastrophe si (Bolsonaro) passait", déclare à l'AFP José Dias, dans un bureau de vote du nord de Brasilia.

Il devance largement son rival, le candidat du Parti des Travailleurs (PT, gauche) Fernando Haddad, remplaçant de l'ex-président incarcéré et inéligible Lula, qui obtient 28,69 %. "Moi je vais voter (Fernando) Haddad", dit cet électeur de gauche.

Ces résultats communiqués dimanche soir par le tribunal électoral portent sur 71 % des votants, et le score du candidat du Parti social-libéral, nostalgique déclaré de la dictature militaire de 1964-1985, est bien supérieur aux derniers sondages communiqués avant le scrutin.

Le duel du 28 octobre pour succéder au très impopulaire Michel Temer s'annonce particulièrement imprévisible, et les électeurs du centre feront l'objet de toutes les convoitises.

Il a prospéré sur "deux courants forts", note le politologue David Fleischer: un fort sentiment anti-PT et anti-Lula, et un rejet de la classe politique classique. Sa force de frappe a été décuplée par les réseaux sociaux.

Il n'a jamais été impliqué dans un scandale de corruption et veut nettoyer le pays de "ses élites corrompues". Les puissants lobbys pro-armes, de l'agro-business et les évangéliques se sont rangés derrière lui. A la veille du scrutin, il a adouci le ton, promettant de "faire un gouvernement pour tous".

"Ça va se terminer aujourd'hui", a-t-il assuré devant des journalistes.

Haddad, lui, est le réceptacle de la haine farouche qu'inspire Lula à des millions de Brésiliens.

Le PT a gagné les quatre dernières présidentielles, mais est jugé par beaucoup responsable des plaies actuelles du Brésil. Durant la campagne, Haddad n'a pas fait l'inventaire de ces années-là.

Le premier tour devrait confirmer que la polarisation aura été fatale aux autres candidats de poids.

Ciro Gomes (PDT, centre gauche), éliminé de la course avec 12,5% des intentions de vote, était paradoxalement le plus à même de battre Bolsonaro au 2e tour. Quant à l'écologiste Marina Silva (Rede), qui avait réuni plus de 20 millions de voix aux deux dernières présidentielles, elle s'est effondrée.

Le Brésil avait rarement été aussi divisé au moment d'aborder une élection qui doit aussi désigner les députés de la Chambre basse du Congrès et renouveler les deux tiers des 81 sièges du Sénat.

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