Meurtre de la journaliste Viktoria Marinova — Bulgarie

Claudine Rigal
Octobre 9, 2018

Membre du conseil des directeurs de la chaîne locale TVN et présentatrice de sa propre émission, Detektor, Viktoria Marinova avait accueilli dans sa dernière édition (le 30 septembre) deux journalistes d'investigation chevronnés, le Bulgare Dimitar Stoyanov, du site Bivol, et le Roumain Attila Biro, de l'OCCRP (Organizing Crime and Corruption Reporting Project), qui enquêtaient sur l'affaire connue sous le nom de "GPGate", du nom de l'entreprise de construction GPGroup en Bulgarie, une vaste fraude présumée aux subventions européennes qui impliquerait des hommes d'affaires et des élus. Citant des sources de Roussé, proches de la famille ou de la chaîne de télévision dans laquelle travaillait Viktoria Marinova, le journal estime néanmoins que son meurtre n'a pas grand-chose à voir avec ses activités professionnelles. "Nous travaillons sur toutes les pistes, y compris celles de la vie personnelle et de la carrière professionnelle" de la victime, a déclaré le procureur régional Guéorgui Gueorguiev, cité par le quotidien Sega lors d'un point presse convoqué dimanche 7 octobre. Elle animait une émission consacrée aux questions de société diffusée localement à Ruse, grand port des bords du Danube, à la frontière avec la Roumanie. Le ministre bulgare de l'Intérieur a également ajouté qu'elle avait été violée. "Il faut rapidement établir si cela est lié à son travail". "Les enquêteurs disposent de nombreuses traces d'ADN".

Le premier ministre bulgare a assuré que les experts avaient collecté de nombreux échantillons d'ADN. Les deux journalistes ont brièvement été retenus par la police au cours de cette enquête, rappelle le magazine en ligne Mediapool.

Le représentant pour la liberté des médias à l'OSCE, Harlem Desir, se dit "choqué" par le meurtre d'une "journaliste d'investigation", appelant à une "enquête complète et rigoureuse", dans un message sur Twitter.

RSF a exhorté les autorités bulgares " à faire toute la lumière sur cet acte odieux ", leur demandant de placer les collègues de Mme Marinova sous protection. Ils ont rappelé que Viktoria Marinova était la troisième journaliste tuée en un an en Europe après le reporter Jan Kuciak en Slovaquie en février et la journaliste maltaise Daphné Caruana Galizia en octobre 2017. "Jamais nous n'avons reçu de menace sous aucune forme", a aussi déclaré un journaliste de TVN Ruse, collaborateur de la victime, sous couvert d'anonymat. Elle avait notamment donné la parole à des personnes en souffrance, confrontées à des problèmes de violences conjugales, d'alcoolisme ou de handicap. "Son téléphone portable, ses clés de voiture, ses lunettes et une partie de ses vêtements ont disparu", a ajouté le procureur.

Enfin, dans le classement mondial de la liberté de la presse, la Bulgarie se place à la 111ème position sur 180 pays... Dans son dernier rapport, RSF soulignait la difficulté pour les journalistes bulgares d'exercer leur métier dans de bonnes conditions, car devant faire face à des "oligarques exerçant un monopole médiatique et à des autorités soupçonnées de corruption et de liens avec le crime organisé". Selon l'Association des journalistes européens, basée en Bulgarie, les journalistes de médias régionaux et locaux sont particulièrement exposés.

Mais la fréquence des cas de violences contre les femmes est également un phénomène préoccupant dans le pays.

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