Trump se retire d'un traité nucléaire avec la Russie

Claudine Rigal
Octobre 21, 2018

Le retrait des États-Unis du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) provoquera une réponse militaro-technique de la part de la Russie, a averti le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov.

En 1987, il y a 31 ans, Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev sifflent la fin de l'emballement nucléaire: Russie et États-Unis promettent d'arrêter la prolifération de leur arsenal nucléaire en signant le traité INF (Intermediate-range nuclear forces treaty), qui interdit plusieurs missiles d'une portée variant de 500 à 5500 km. Mais jusqu'où iront-ils? Le président américain a confirmé samedi que les Etats-Unis allaient se retirer d'un traité sur les armes nucléaires conclu avec la Russie pendant la Guerre froide, accusant Moscou de le violer "depuis de nombreuses années". M. Riabkov a parlé dimanche de "chantage" et la veille une source du ministère russe des Affaires étrangères avait affirmé que Washington "se rapprochait de cette étape depuis plusieurs années en détruisant délibérément et pas à pas la base de cet accord".

"Cette décision entre dans le cadre de la politique américaine de retrait des accords internationaux légaux qui lui donnent autant de responsabilité qu'à ses partenaires et fragilise donc l'idée de sa propre exception", juge cette source, citée par les trois principales agences de presse russes.

Ce retrait "est le deuxième plus gros coup porté contre tout le système de stabilité mondiale", a affirmé un sénateur russe, Alexeï Pouchkov.

L'administration américaine se plaint du déploiement par Moscou du système de missiles 9M729, dont la portée selon Washington dépasse les 500 km, ce qui constitue une violation du traité INF. "Et encore une fois, ce sont les États-Unis qui prennent l'initiative de dissoudre l'accord", a-t-il poursuivi sur Twitter. "Cela serait un pas très dangereux qui, j'en suis sûr, ne sera pas compris par la communauté internationale et va même s'attirer de sérieuses condamnations", a ainsi estimé Sergueï Riabkov le vice-ministre des Affaires étrangères russes, pour qui ce traité est "significatif pour la sécurité internationale et la sécurité nucléaire, pour le maintien de la stabilité stratégique".

Le conseiller de la Maison blanche à la Sécurité nationale, John Bolton, était attendu dimanche à Moscou. Selon le Guardian, c'est le boute-feu John Bolton lui-même qui fait pression sur le président américain pour un retrait du traité INF. "Comme la Chine n'est pas signataire de ce traité, elle n'a eu aucune limite pour développer des missiles nucléaires de portée moyenne, qui peuvent atteindre des milliers de kilomètres", explique le quotidien américain.

Les relations sont tendues entre Washington et Moscou, sur fond d'accusations d'ingérence russe dans les élections américaines. Vendredi, une Russe a été inculpée par la justice américaine pour ingérence dans les élections parlementaires américaines du 6 novembre. Depuis 30 ans, Moscou et Washington ne cessent d'échanger des piques, s'accusant mutuellement de violer le document et menaçant de s'en retirer. Le président américain avait promis avant son élection de renouer de meilleures relations avec la Russie. Des soupçons de collusion avec le Kremlin pèsent d'ailleurs sur son équipe de campagne 2016. En juillet, il s'était montré extrêmement conciliant à l'égard de son homologue russe Vladimir Poutine lors d'une conférence de presse commune à Helsinki, après leur premier sommet bilatéral en Finlande. De plus, relate le New York Times, "Chine et États-Unis se préparent tous deux à la possibilité d'une guerre dans l'espace".

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